Lausanne: Conversion critiquée d'un domaine viticole de la Ville
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LausanneConversion critiquée d'un domaine viticole de la Ville

L'Abbaye de Mont produira dès 2016 du vin dit biodynamique. Une méthode jugée parfois fantaisiste, qui fait appel à des rites spirituels.

par
Francesco Brienza
Les 13,5 hectares du domaine public de Mont-sur-Rolle seront cultivés de façon alternative.

Les 13,5 hectares du domaine public de Mont-sur-Rolle seront cultivés de façon alternative.

Enterrer des cornes de vaches pleines de bouse ou répandre de la camomille sur la vigne: ces pratiques peuvent surprendre, mais elles sont indispensables pour bénéficier du label Demeter, qui certifie les vins biodynamiques. En 2016, Lausanne convertira L'Abbaye de Mont, son plus vaste domaine, au mode de culture imaginé par Rudolf Steiner en 1924 (lire encadré). Une centaine de milliers de bouteilles en sortiront chaque année.

Pourquoi ce repositionnement? «La biodynamie est archi-respectueuse de l'environnement, justifie Florence Germond, Directrice du patrimoine vert. Nous l'expérimentons depuis six ans sur une exploitation d'Allaman qui nous a rapporté plusieurs médailles.» Mais l'élue concède aussi que le choix a une portée marketing: «La croissance de ce secteur va être importante. Le public est demandeur. L'investissement est intéressant.» Une vision partagée par l'Office des vins vaudois, pour qui la technique donne «des produits très intéressants».

Reste que des voix s'élèvent pour dénoncer une dérive. Plusieurs études universitaires soulignent l'absence de bien-fondé scientifique dans la biodynamie. «Je suis aussi très sceptique, ajoute Claude-Eric Dufour, ex-député et viticulteur rollois. Cette dimension quasi spirituelle me dérange. La Ville veut se démarquer et se donner une image écolo, d'accord. Mais de là à travailler avec des crânes... Voilà un choix politique discutable.» Verdict dans quelques années, à l'apéro.

Un mélange d'écologie et de spiritualité

La biodynamie a été pensée comme une alternative aux fertilisants chimiques. Depuis les années 2000, elle intéresse de nombreux vignerons autour du globe. Des domaines les plus prestigieux l'utilisent, applaudis par des critiques influents comme Robert Parker. Comme pour le bio, elle prohibe l'emploi de molécules de synthèse. Elle utilise toutefois passablement de rites ésotériques. Ceux-ci sont censés permettre la transmission des forces cosmiques et terrestres aux récoltes.

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