Actualisé 02.03.2020 à 09:17

Épidémie

Coronavirus: les cas se multiplient en Suisse aussi

Près de la moitié des cantons sont touchés par des cas d'infection à la pneumonie virale. Quatre cantons romands sont affectés. Genève est en tête de peloton.

La hotline suisse dédiée aux informations liées au coronavirus.

Les cas de coronavirus se sont multipliés en Suisse ce week-end. Quarante-cinq élèves et neuf enseignants dans un lycée technique de Bienne sont mis en quarantaine pendant quinze jours: il s'agit de la première mesure de ce genre prise dans une école.

Tandis que le premier cas de coronavirus était annoncé au Tessin mardi dernier, les annonces se sont multipliées en Suisse depuis jeudi. Dimanche en fin de journée, le nombre de cas confirmés annoncés par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) s'élevait à 24 dans onze cantons (AG, BE, BL, BS, FR, GE, GR, TI, VD, VS, ZH).

Genève arrive en tête avec huit cas confirmés, suivi des Grisons (six). En Suisse romande, quatre cantons sur six sont touchés pour l'heure, à l'exception du Jura et de Neuchâtel. Au total, plus de 1300 cas suspects ont été testés jusqu'ici.

Et de nouveaux cas arrivent sans cesse: le Valais en a annoncé un deuxième dimanche en fin de journée, un membre de la famille du premier patient. Déjà en quarantaine, il a été transféré en chambre d'isolement à l'hôpital de Sion. Ce cas doit encore être confirmé par le laboratoire national de référence à Genève.

En Argovie, c'est un enseignant de 31 ans travaillant dans une école enfantine de Spreitenbach qui a été testé positif. Il a probablement été infecté lors d'une visite de membres de sa famille venus du nord de l'Italie il y a une semaine. Environ 70 personnes, dont huit enseignants et 44 enfants, sont concernées par d'éventuelles mesures de quarantaine, a indiqué dimanche le canton.

Éventail de scénarios

Sans céder à la panique, le Conseil fédéral se prépare à faire face à un large éventail de scénarios. «Ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera peut-être plus après-demain», souligne le ministre de la santé Alain Berset dans «Le Matin Dimanche». «Il y aura plus de cas, c'est clair», estime-t-il, en précisant que le plus important est de contenir l'évolution de l'épidémie.

Dans la «SonntagsZeitung», il rappelle qu'il faut suivre les mesures de précaution et d'hygiène, notamment en évitant de se faire la bise. Il faut immédiatement arrêter les poignées de main, selon les nouvelles recommandations que devrait publier la Confédération dans les jours à venir.

Les gens seront invités à diminuer les contacts entre eux par des mesures de distanciations sociales, précise Daniel Koch, responsable de la Division Maladies transmissibles de l'OFSP, à la «NZZ am Sonntag». Plusieurs communautés religieuses ont déjà pris des mesures.

Interdiction de manifestation

La mesure annoncée vendredi par le Conseil fédéral d'interdire toutes les manifestations de plus de 1000 personnes a suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux durant le week-end. Cela ne signifie pas que les événements avec 999 personnes ou moins seront autorisés d'office, a relevé samedi Daniel Koch.

Les organisateurs et les Cantons sont tenus de peser les risques. Les Cantons vont se mettre d'accord sur les critères à appliquer dès lundi.

Ce qui ne sera certainement pas aisé. Le Canton de Berne a déjà durci les mesures décidées par le Conseil fédéral. Coire serre aussi la vis: tout rassemblement comprenant plus de 50 individus est interdit, sauf exception.

Vers des contrôles à Genève-Cointrin

À Genève, des mesures pourraient être prises à l'aéroport, a indiqué dans le «12h45» de la RTS Didier Pittet, chef du Service de prévention et contrôle de l'infection aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Des médecins, des infirmières et des militaires pourraient être déployés afin d'examiner les cas suspects si la décision est prise par la Confédération, a expliqué le spécialiste. Le dispositif a été discuté et son application pourrait être décidée ces prochains jours.

L'examen se déroulerait à l'aéroport même. Si le plan est mis en vigueur, ce ne sont pas tous les passagers de Cointrin qui seront affectés, mais uniquement ceux en provenance de certains pays ou régions où le risque d'infection au Covid-19 est jugé plus élevé.

Situation «inquiétante» en Italie

En ce moment, la plupart des cas de coronavirus annoncés en Suisse sont liés à l'Italie, a déclaré Daniel Koch devant la presse samedi à Berne. Mais «il est possible que tous ne le soient pas parmi ceux en cours de validation», a-t-il nuancé. Dimanche, aucune contamination survenue directement en Suisse même n'avait encore été signalée.

Pour le responsable de l'OFSP, la situation en Italie reste «inquiétante», car de nombreux cas n'ont pas été décelés. Une fermeture des frontières n'est pourtant pas à l'ordre du jour, a-t-il insisté, tout en soulignant que l'intérieur de la Suisse n'était pas plus protégé contre la maladie que les régions frontalières.

Seniors en première ligne

Il a rappelé que les personnes âgées de plus de 60 ans sont en première ligne avec le Covid-19. Les enfants sont en revanche peu menacés. «C'est la raison pour laquelle nous n'envisageons pas, actuellement, de fermer les écoles. D'autant plus que, si c'était le cas, les grands-parents seraient sollicités pour garder les enfants, et c'est ce que nous voulons éviter.»

Ce principe ne pourra pas forcément être tenu. Deux classes ont été mises en quarantaine dimanche dans un lycée technique à Bienne: cette mesure concerne 45 élèves et neuf enseignants. Une jeune femme de 21 ans, revenant d'un voyage à Milan il y a une semaine et infectée par le Covid-19, y étudie.

Le haut fonctionnaire a encore demandé à la population de faire preuve de patience et de discernement pour ne pas engorger le système sanitaire, qui doit pouvoir se concentrer sur les cas graves. Pour l'instant, il y a assez de tests disponibles.

Pas de pénurie

Pas de signe de pénurie non plus dans les magasins, même si les masques ont disparu depuis longtemps des rayons et qu'il faut parfois se rendre dans plusieurs boutiques avant de dénicher un désinfectant pour les mains. La demande de produits de consommation courante a, elle, sensiblement augmenté à l'échelle de la Suisse, selon Migros et Coop.

Le monde du travail pourrait être touché. Eric Scheidegger, chef de la Direction de la politique économique au secrétariat d'État à l'économie (SECO), a rappelé que des entreprises peuvent faire des demandes d'indemnités pour chômage partiel à la suite de l'épidémie de coronavirus. Plusieurs cantons ont déjà reçu des demandes allant dans ce sens.

Le chef du Département fédéral de l'économie (DFE) Guy Parmelin réunira cette semaine un sommet de crise consacré au thème du coronavirus. Les partenaires sociaux, les associations de branches pourront y faire part de leurs craintes et demandes à propos des effets économiques de l'épidémie, a confirmé dimanche à AWP une porte-parole du DFE, revenant sur un article de la «SonntagsZeitung». (nxp/ats)

(NewsXpress)

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