Coupe du monde 2006: l'heure des bilans

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Coupe du monde 2006: l'heure des bilans

Des compliments pleuvent de toutes parts pour saluer l'ambiance joyeuse et l'organisation de la Coupe du monde.

Cela a fait mentir les prophètes de malheur qui avaient craint les tracasseries, les hooligans, l'extrême droite ou le terrorisme.

En un mois, l'Allemand a perdu une bonne partie de sa réputation d'être ennuyeux et sans fantaisie, les supporters étrangers découvrant la qualité de son accueil et même son humour. Et on a vu la très sérieuse chancelière Angela Merkel sauter de son fauteuil dans la tribune quand la «Mannschaft» marquait un but.

Cette même chancelière a rappelé avec ironie que «les gens à l'étranger ne croyaient pas que nous puissions être joyeux plus d'une heure», alors qu'au contraire le slogan des organisateurs - «Au rendez-vous de l'amitié» - a été pleinement confirmé par les faits.

Les dirigeants politiques, à commencer par le président Horst Köhler, se sont dits heureux, voire fiers de l'Allemagne: «Je suis heureux de n'être plus seul à avoir un drapeau accroché à ma voiture», a-t-il commenté, faisant allusion à la floraison- exhibition de drapeaux noir-rouge-or, qui a été un des événements de cette Coupe du monde.

Aucune perturbation sérieuse

Le ministre de l'Intérieur de Bavière, Günther Beckstein, qui préside la conférence des ministres régionaux compétents pour la sécurité, a dressé un premier bilan: «Nous n'avons connu aucune perturbation sérieuse, ni du fait des hooligans dans les stades, aux alentours ou devant les écrans géants. Nous n'avons pas eu de problèmes avec la criminalité, des pickpockets à la prostitution, et, Dieu merci, il n'y a eu rien non plus à signaler sur le front du terrorisme».

Günther Beckstein a passé par pertes et profits les milliers de petits délits, le marché noir de billets, les bagarres entre supporters ivres, notamment anglais, et le conducteur déséquilibré qui a foncé sur la foule Porte de Brandebourg à Berlin, faisant 25 blessés. Phénomènes difficilement évitables quand des millions de supporters se rassemblent.

Le ton était autrement plus circonspect avant le 9 juin: les supporters étrangers de couleur ne s'étaient-ils pas vu conseiller par des associations d'éviter certaines régions de l'Est, censées être des «no-go-areas» après une série d'agressions racistes de l'extrême droite?

«Patriotisme non crispé»

Or, ses militants sont les «grands perdants» du Mondial, s'est félicité le ministre de l'Intérieur de la Rhénanie du nord- Westphalie, Ingo Wolf. Selon lui, un «patriotisme non crispé» les a mis échec et mat.

Alors que le nationalisme d'extrême droite place le peuple allemand à la tête des nations, le «sentiment national actuel» place justement les pays et les peuples sur une même échelle de valeurs, a-t-il estimé.

Alors que la compétition a été marquée par l'exhibition sans complexe du drapeau allemand, y compris par des policiers qui se sont fait rappeler à l'ordre, les néo-nazis boudent le drapeau allemand noir-rouge-or. Pour eux, il devrait être noir-blanc- rouge... aux couleurs du drapeau de l'ancien Reich allemand, reprises ensuite par les nazis avec la croix gammée en plus.

Les groupuscules néo-nazis n'ont pas dû non plus se réjouir de voir les Turcs d'Allemagne brandir par milliers le drapeau allemand. Que rien de grave ne se soit produit s'explique aussi par une mobilisation massive des forces de l'ordre en amont et par la coopération avec les services de sécurité étrangers. Ce qui a permis aux policiers de se montrer détendus et serviables, une attitude correspondant à une consigne précise: celle d'une présence visible mais non agressive.

Tout avait été prévu: des forces de sécurité toutes catégories confondues, y compris les agents privés, évaluées à quelque 250 000 personnes, des avions radar Awacs de l'Otan dans le ciel allemand, une évaluation constante des risques potentiels.

«La meilleure équipe a été celle des policiers européens», a dit le ministre de l'Intérieur, Wolfgang Schäuble, saluant le travail des 323 policiers venus de 13 pays étrangers. Ceux-ci, postés aux frontières, dans les aéroports et sur les axes routiers et dans les centre-villes, ont contribué à ce travail en profondeur, en refoulant notamment des hooligans patentés.

Image dynamique

L'économie elle aussi a profité du Mondial, même si les experts ne sont pas d'accord sur ses effets. Les optimistes parlent de 0,3 % de croissance supplémentaire. Ce qui est sûr, c'est que la restauration et la petite électronique figurent parmi les bénéficiaires.

C'est aussi l'image dynamique et efficace de l'Allemagne qui devrait se renforcer encore plus, via le petit écran, sur les marchés mondiaux. 76,7 % des Allemands interrogés dans un sondage de l'institut Promit jugent globalement «très bon» le déroulement de ce Mondial et 21 % le jugent «bon».

L'Allemagne s'est réveillée étonnée d'elle-même. Une nouvelle confiance semble être apparue dans un pays réputé pour son penchant à l'auto-flagellation. Pour la première fois, depuis le nazisme, un débat serein a pu avoir lieu sur le patriotisme, ce sentiment n'étant plus vécu négativement et avec soupçon. (si)

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