Genève: «Courir la planète, ce n'est pas le rôle d'un maire!»
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Genève«Courir la planète, ce n'est pas le rôle d'un maire!»

Le magistrat Rémy Pagani s'est rendu au Nicaragua aux frais de la Ville, pour des projets de coopération. Une visite qui fait grincer des dents.

par
David Ramseyer
Keystone/Salvatore di Nolfi

«Le rôle du maire de Genève, c'est d'abord de s'occuper de sa commune. Pas d'aller partout sur la planète aux frais du contribuable, s'énerve le conseiller municipal PLR Simon Brandt. Si sa fonction ne l'intéresse pas, qu'il s'engage à l'ONU!»

Pour l'élu, le récent séjour de Rémy Pagani au Nicaragua passe mal. Ce dernier s'est rendu du 10 au 17 février en Amérique centrale, dans le cadre de projets de coopération soutenus par la Ville. Un domaine auquel elle consacre environ 6 millions de fr. par an. Le magistrat d'Ensemble à Gauche a également effectué une visite officielle de trois semaines en Colombie l'été dernier.

Comme son collègue de droite, le chef du groupe municipal UDC Pierre Scherb juge qu'un maire - Rémy Pagani ou un autre - doit se concentrer sur sa commune: «A l'étranger, la Suisse a déjà des ambassadeurs». Même si l'aide à la coopération «coûte trop», l'élu agrarien admet qu'il faut opérer un suivi sur place des projets, «mais ce n'est pas à l'Exécutif de le faire».

De manière générale, on pense à droite qu'il est légitime pour un maire de se déplacer à l'étranger. Mais avec des objectifs clairs, ou pour des manifestations qui les concernent directement, telles que celles de l'Association internationale des maires francophones.

Assumer le rôle grandissant des villes

A gauche, quelques-uns doutent aussi du bien-fondé de certains voyages entrepris par les magistrats. Pour sa part, le socialiste Olivier Gurtner estime que Genève, hôte de nombreuses organisations internationales, «n'est pas une sous-préfecture de province, elle a une responsabilité. Ces déplacements sont normaux et légitimes. Alors non, les magistrats n'en font pas trop».

Rémy Pagni ne dit pas le contraire: «Les villes jouent un rôle de plus en plus important au niveau mondial. Il faut l'assumer.» Pour le maire, les déplacements à l'étranger contribuent donc au rayonnement de Genève.

Dans le cadre de son voyage en Amérique centrale, «il s'agissait aussi de vérifier la bonne utilisation des fonds versés». Des fonctionnaires auraient-il pu le faire à la place de Rémy Pagani? A priori non, selon ce dernier: «Le statut de maire est compris et reconnu partout. J'ai été invité au Nicaragua en vertu de ma fonction. Ne pas y aller aurait décrédibilisé les efforts de la Ville dans ce pays.»

Budget spécial pour les voyages officiels

Pas question évidemment de piocher dans les montants dévolus à la coopération pour payer les voyages des magistrats qui viennent observer l'évolution des projets soutenus par la Ville, par exemple. L'Exécutif bénéficie ainsi d'un budget annuel de 90'000 fr. pour ses frais de déplacement et de séjour hors de la Suisse.

Concernant les récents déplacements de Rémy Pagani, le voyage au Nicaragua, où l'édile séjournait seul, a coûté 2500 fr. Facture de la visite en Colombie, avec cette fois une délégation officielle: 10'000 fr.

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