Genève/Lausanne: Cours en ligne bloqués par les États-Unis
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Genève/LausanneCours en ligne bloqués par les États-Unis

Les internautes d'Iran, du Soudan et de Cuba n'ont plus accès aux formations proposées par la plateforme Coursera. Des cours de l'Université de Genève et de l'EPFL sont touchés.

par
Marine Guillain
Des établissements romands offrent plusieurs enseignements sur internet.

Des établissements romands offrent plusieurs enseignements sur internet.

«Notre système nous indique que vous tentez d'accéder au site depuis une adresse IP associée à un pays actuellement sujet à des sanctions économiques et commerciales de la part des États-Unis. Afin d'assurer que Coursera respecte les contrôles sur les exportations américaines, nous ne pouvons vous autoriser à accéder à ce site». Voilà le message qui est apparu sur les écrans d'étudiants syriens, iraniens, soudanais et cubains lorsqu'ils ont tenté d'accéder au site d'enseignement en ligne Coursera, révèle Global Voices.

«C'est regrettable pour ceux qui veulent se former»

Difficile d'évaluer le nombre de personnes concernées par le blocage des États-Unis. Sur les 180'000 étudiants inscrits aux douze premiers cours de l'EPFL, 1294 seraient touchés, indique le porte-parole de l'établissement, Jerôme Grosse. A Genève, on nous parle de 19 élèves concernés pour la formation «Management des organisations internationales», sur les 6200 ayant répondu à un questionnaire (43'000 inscrits). Cela représente moins d'1% des étudiants. «Mais ce serait la même chose si la situation n'en concernait qu'un seul», note Patrick Jermann, coordinateur des cours online à l'EPFL. Lui et son homologue genevois, Pablo Achard, s'accordent pour dire que cette situation pose surtout un problème de principe. «C'est regrettable pour ceux qui veulent se former, déplore le Lausannois. Je ne sais pas si les motivations des Etats-Unis sont justifiées, j'imagine que cela dépend du contenu des cours. Mais nous, nous souhaitons être disponibles pour le plus grand nombre.»

«L'enseignement en ligne permet justement d'ouvrir des portes à des gens du monde entier, de donner l'accès à la connaissance à ceux qui n'auraient pas pu en profiter, quelles que soient les raisons», rappelle Jerôme Grosse. Pablo Achard se dit déçu: «Ce blocage va à l'encontre de la mission de Coursera, qui est de fournir une éducation pour tous». Le Genevois espère que la plateforme parviendra à trouver un terrain d'entente avec le gouvernement américain. En attendant, les spécialistes travaillent activement sur des solutions pour rendre leurs cours accessibles. «Pour les vidéos c'est assez simples, on peut les poster sur Youtube ou sur le site de l'université», note Pablo Achard. Il explique que c'est plus compliqué pour ce qu'il y a autour, comme les forums de discussion ou les questionnaires. Selon lui, il est néanmoins assez simple de détourner ces restrictions, en magouillant son adresse IP.

Négociations en cours

A la mise en place des réglementations américaines il y a quelques jours, les internautes n'ont pas tardé à réagir: «Entre la censure imposée par le régime, qui comprend le blocage de centaines de sites internet, et les conséquences des sanctions américaines, il est devenu presque impossible pour les jeunes vivant encore dans ce pays d'accéder à des cours en ligne», a déploré le blogueur syrien Anas Maarawi. L'étudiant iranien Navid Soltani, lui, a exprimé son indignation sur la page Facebook de Coursera: «Si vous croyez en votre devise «L'éducation est un droit. Notre mission est d'offrir au monde une éducation de qualité et de permettre un apprentissage sans limites», qu'est-ce que tout cela signifie? Mon pays est bloqué!?»

De son côté, Coursera tente de négocier avec le département de la défense américaine. «Nous travaillons dur pour gagner les approbations nécessaires et rétablir l'apprentissage à tout le monde, n'importe où», nous explique-t-on. L'entreprise assure qu'elle fera «tout son possible» pour accélérer le processus et lever les restrictions pour les étudiants sanctionnés dans les semaines à venir. L'accès aux cours a déjà été restauré pour les internautes syriens.

Apprendre à distance

L'EPFL et l'Université de Genève ont rejoint le système MOOC (cours en ligne ouverts à tous) il y a un peu plus d'un an. Les internautes s'inscrivent gratuitement aux formations qui les intéressent (histoire, droits de l’homme, physique, programmation, etc). Chaque semaine il y a des texte à lire, des questionnaires, des vidéos, des forums et des évaluations. Il n'y a pas de sessions de cours actuellement. Les prochaines débuteront en février à l'EPFL et en avril à l'UniGe. A part Coursera, les plateformes Udacity et EdX (toutes américaines) proposent le même genre de services.

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