Santé mentale - Covid-19: souffrez-vous du trouble de stress post-traumatique?
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Santé mentaleCovid-19: souffrez-vous du trouble de stress post-traumatique?

Généralement associé aux victimes d’attentats ou de conflits armés, ce trouble touche aussi des personnes guéries de la maladie. La psychiatre Lamyae Benzakour nous en dit plus à ce sujet.

par
Nina Seddik

Lorsque l’on parle de trouble de stress post-traumatique (TSPT), on pense généralement aux victimes d’attentats, de graves accidents ou de soldats revenus du front. Néanmoins, de premières études et observations montrent que le TSPT concerne aussi des personnes qui ont été touchées par le Covid-19. La Dre Lamyae Benzakour, médecin adjointe responsable de l'unité de psychiatrie de liaison aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), répond à nos questions pour faire le point.

Qu’est-ce que le trouble de stress post-traumatique?

Il survient chez les personnes qui ont subi, ou ont été témoins, soit d’un événement traumatique soit d’un épisode au cours duquel elles ont été confrontées à la mort ou ont été gravement blessées. Cela s’applique aussi si une menace de mort, ou de blessures graves, a été perçue par ces personnes. Lorsque l’on parle de TSPT, on pense généralement aux victimes d’abus sexuels, d’attentats ou encore aux anciens soldats mais des malades du VIH ou atteints de cancer, par exemple, sont également touchés. Et aujourd’hui, nous observons que certains patients guéris du Covid-19 en souffrent aussi.

Le TSPT lié au Covid-19 concerne-t-il exclusivement les patients qui ont été hospitalisés?

Non, il est nécessaire de relever que des personnes qui ont eu une forme légère de la maladie sont également touchées. Aux HUG, avec mon équipe de psychiatrie de liaison, nous avons voulu prévenir ce risque en administrant des questionnaires aux patients hospitalisés pour Covid-19, quelle que soit la sévérité de la forme qu’ils présentaient, et avons noté que 45% d’entre eux présentaient des symptômes de dissociation (impression d’irréalité ou de sortir de son corps) qui augmentent le risque de TSPT. Nous avons aussi observé que plus de 10% de ces patients présentaient un diagnostic de TSPT à 3 mois. D’autres études montrent des taux de TSPT pouvant atteindre 30% . Avec le service de médecine de premier recours des HUG, nous sommes aussi en train de mener une étude pour observer les conséquences psychiques sur les personnes n’ont pas eu besoin d’une hospitalisation, à un an de leur infection.

Comment savoir si l’on souffre de TSPT?

Il y a trois groupes de symptômes principaux. Le premier est celui de reviviscences caractérisées par l’apparition de flash-back et de pensées intrusives liées à l’événement traumatique. Le deuxième correspond aux symptômes d’évitement impliquant que la personne esquive tout ce qui lui rappelle le Covid-19, comme les informations des médias en lien avec la pandémie, et évite d’y penser ou d’en parler. Enfin, le troisième consiste en un état d’alerte permanent caractérisé par des sursauts, des sueurs, des difficultés d’endormissement ou encore des nausées et des vomissements.

Il est important de ne pas minimiser le stress chronique généré par ce contexte d’incertitude dans lequel nous vivons depuis plusieurs mois

Dre Lamyae Benzakour, psychiatre.

Sommes-nous tous égaux face au risque de développer ce trouble?

Non. Celles et ceux qui ont vécu un événement traumatique dans le passé sont davantage susceptibles de développer un TSPT. Il en va de même pour les personnes qui ont connu un épisode dépressif au cours de leur vie ou souffrent de troubles anxieux. Celles qui se trouvent dans un contexte de vie déjà difficile et ne sont pas soutenues sont aussi plus à risques.

Quelle est la prise en charge adaptée?

La première chose est de consulter un professionnel de la santé mentale au moindre doute car on peut difficilement «s’auto-diagnostiquer». Il est important de ne pas tarder à demander de l’aide. Plus on attend et plus la guérison sera difficile. Un traitement médicamenteux et une psychothérapie adaptée aux traumatismes sont généralement proposés. C’est aussi le cas pour les autres types de TSPT mais la différence principale pour le TSPT lié au Covid-19 est qu’il doit s’intégrer dans une prise en charge multidisciplinaire composée de différents spécialistes, comme aux HUG.

La santé mentale de la population est mise à rude épreuve depuis le début de la pandémie. Peut-on parler de TSPT généralisé?

On ne peut pas dire que la population, dans son ensemble, souffre de TSPT en raison de la pandémie, car cela dépend du niveau d’exposition à un événement traumatique dans ce contexte. Ce trouble se retrouve plus spécifiquement chez les patients présentant une forme longue de Covid-19 mais aussi chez des personnes qui n’ont pas été infectées. C’est le cas des proches des malades qui ont vécu des hospitalisations aux soins intensifs mais aussi du personnel hospitalier qui a été exposé à des décès nombreux et imprévisibles de patients. Néanmoins, il est vrai que nous avons noté une demande en hausse pour des consultations psychiatriques, aussi bien à l’hôpital que chez nos confrères installés dans des cabinets privés, de patients qui consultent pour la première fois dans ce contexte.

Quels conseils donneriez-vous pour prendre soin de sa santé mentale?

Premièrement, en période d’adversité, il est plus important que jamais d’être attentif à soi et aux signes avant-coureurs qui peuvent alerter: fatigue dont on ne récupère pas, troubles du sommeil, pensées négatives, perte d’intérêt général, repli sur soi. Il faut se garder de vivre en apnée en attendant la fin de cette pandémie et plutôt développer des stratégies pour continuer de vivre en s’adaptant à notre nouvelle réalité pour retrouver une sensation de contrôle dans notre quotidien. Il est important de ne pas minimiser le stress chronique généré par ce contexte d’incertitude dans lequel nous vivons depuis plusieurs mois, ni et de refouler ses émotions qui doivent pouvoir s’exprimer. Le lien social, qui est à maintenir, tout en se protégeant, est également primordial. L’isolement est le premier facteur qui explique les différents troubles psychiatriques en temps de pandémie dont nous avons parlé. Enfin, une activité physique régulière, pour réguler le stress et l’anxiété, et la pratique de la méditation en pleine conscience sont d’excellents outils.

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