CPE: la France en guerre
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CPE: la France en guerre

Des centaines de milliers de Français ont manifesté contre le nouveau Contrat première embauche (CPE), réservé aux jeunes. Ils veulent faire plier le Premier ministre, en chute libre dans les sondages.

Le principal syndicat, la CGT, a affirmé que le nombre des manifestants lors de cette journée test avait dépassé la barre symbolique du million dans quelque 160 villes, dont 200 000 à Paris. La police a elle donné un chiffre de 396 000 manifestants.

Les syndicats avaient espéré la participation d'au moins 500 000 personnes pour cette deuxième mobilisation en un mois. Le 7 février, entre 200 000 et 400 000 personnes étaient descendues dans la rue. Mardi soir, le syndicat FO en a appelé au président Jacques Chirac pour le retrait du projet, alors que les principaux syndicats étudiants ont appelé à poursuivre la mobilisation.

M. de Villepin considère le CPE comme un élément essentiel de son dispositif pour lutter contre le chômage qui frappe près d'un quart des jeunes. Réservé aux moins de 26 ans, il est censé encourager les entreprises à embaucher en leur offrant plus de flexibilité puisqu'il permet de licencier sans motif durant deux ans, contrairement aux règles générales du droit du travail.

«Contrat première emmerde»

Ses détracteurs, qui lui reprochent de renforcer la précarité des jeunes, ont peu à peu convaincu une majorité de Français alors que le pays traverse une période de grande inquiétude économique et sociale. Plus de 60 % d'entre eux, selon les sondages, se disent désormais opposés au CPE - ils sont les trois-quarts chez les 18-25 ans.

Des cortèges, avec une proportion très importante de jeunes, ont sillonné mardi les principales villes du pays aux cris de «Retrait du CPE!» ou derrière des banderoles sur lesquelles il était écrit «CPE = contrat pour esclave» ou «CPE = Contrat première emmerde».

A Marseille, entre 12 000 et 100 000 personnes ont arpenté les rues, contre 5 à 30 000 un mois plus tôt. Les syndicats ont fait état de 50 000 manifestants à Bordeaux et à Toulouse, 30 000 à Nantes ou 20 000 à Grenoble.

Grève

A Rennes, plusieurs centaines de manifestants ont envahi les voies de la gare SNCF à l'issue de leur défilé, paralysant brièvement le trafic. Ils ont été délogés par les forces de l'ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogène. D'autres trains ont été bloqués à Poitiers et à Tours.

Au moins une vingtaine d'universités, dont la Sorbonne à Paris, étaient par ailleurs en grève mardi et des arrêts de travail ont eu lieu dans les transports en commun, certains aéroports et les écoles.

Devant l'Assemblée nationale, M. de Villepin a assuré «respecter les inquiétudes et les peurs qui s'expriment dans notre pays».

Mais il a une nouvelle fois plaidé en faveur du CPE, «véritable contrat anti-précarité», selon lui, qui permet en particulier de «donner une expérience» professionnelle aux jeunes. «Il est temps de faire des choix et de les assumer», avait-il affirmé dimanche, en assurant qu'il resterait inflexible.

Chute dans les sondages

Le président du groupe UMP à l'Assemblée Bernard Accoyer a dénoncé mardi «l'attitude irresponsable de l'opposition», qui soutien le mouvement, et «une minorité qui voudrait empêcher la majorité d'avancer».

«Il faut que le gouvernement entende dès à présent le message des jeunes et des salariés et donc abandonne son projet», a déclaré de son côté le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande. Le porte-parole du groupe UDF, François Sauvadet, a lui répété l'opposition du parti centriste au CPE.

M. de Villepin est en chute libre dans les sondages depuis plusieurs semaines. Le CPE a en partie cassé l'image sociale et consensuelle qu'il avait réussi à se forger face à son principal rival à droite pour l'élection présidentielle de 2007, le très libéral ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. (ats)

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