Santé publique: Craintes de tuberculose parmi les réfugiés arrivés d’Ukraine
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Santé publiqueCraintes de tuberculose parmi les réfugiés arrivés d’Ukraine

La maladie est plus répandue en Ukraine qu’en Suisse. Mais aucun dépistage n’est fait. Le risque reste toutefois faible. 

par
Christine Talos

Plus de 45’000 réfugiés sont désormais en Suisse en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Or, ces deux pays affichent une incidence de tuberculose près de 15 fois supérieure à la Suisse, soit 70 cas/100’000 habitants/an. Ils sont en outre considérés comme des pays à haut risque de tuberculose multirésistante (et qui ne se soigne pas ou mal) avec plus de 30% des nouveaux cas diagnostiqués. Du coup, la Ligue pulmonaire suisse a tiré récemment la sonnette d’alarme. «Il faut rester attentif, car il y a un risque», explique Jesica Mazza-Stalder, responsable du dispensaire antituberculeux du CHUV et médecin-conseil à la Ligue pulmonaire vaudoise.

Pas d’examens médicaux

D’autant que les réfugiés qui arrivent chez nous ne subissent aucun test médical, que ce soit pour la tuberculose, le Covid ou d’autres maladies contagieuses. «Les mesures sanitaires frontalières dans le domaine de l’asile ont été supprimées en 2018, avec la révision de la loi sur les épidémies et de l’ordonnance correspondante. Depuis, aucun dépistage systématique n’a donc lieu», confirme Anne Césard, porte-parole du Secrétariat d’État aux migrations (SEM). Lorsque les réfugiés s’enregistrent pour obtenir le statut S, on leur propose uniquement un questionnaire de santé, facultatif, explique-t-elle. Mais ils sont informés sur le dépistage, le traitement et la prévention des maladies transmissibles et ont accès aux soins.

Ce questionnaire est disponible depuis le début de la semaine, précise de son côté Daniel Dauwalder, porte-parole de l’OFSP. Il a été élaboré par un groupe de travail de la Confédération et des cantons. Son but est justement de réduire le risque de transmission des maladies en sensibilisant les réfugiés et en facilitant le premier contact avec un professionnel de la santé. Car l’OFSP l’admet: en Ukraine, la couverture vaccinale de la population est plus faible qu’en Suisse et il y a donc des lacunes parmi les réfugiés. Mais chez nous, ils ont accès aux vaccins, rappelle-t-il.

400 cas de tuberculose en Suisse

Par rapport à la tuberculose, l’OFSP rappelle qu’elle existe déjà en Suisse avec 400 cas diagnostiqués par année. Et sur la base des calculs de l’OMS, Berne estime qu’il faut compter «45 cas pour 100’000 réfugiés en provenance d’Ukraine». Si on extrapole ces chiffres à la situation actuelle, il y aurait donc potentiellement une vingtaine de cas sur les 45’000 Ukrainiens arrivés chez nous.

Cette maladie infectieuse ne risque-t-elle du coup pas de se développer en Suisse? Jesica Mazza-Stalder se veut rassurante. «Dans le canton de Vaud, on n’a encore observé aucun cas chez les réfugiés ukrainiens», affirme-t-elle. «Il est encore trop tôt pour voir une éventuelle tendance à la hausse», souligne de son côté l’OFSP.

Bien moins contagieuse que le Covid

Selon eux, la tuberculose est nettement moins contagieuse que le Covid, ou la grippe par exemple, car ses bactéries se multiplient bien moins vite qu’un virus. «Seules les personnes qui vivent sous le même toit que le malade risquent d’être contaminées et elles sont contrôlées pour être traitées rapidement si besoin», explique la praticienne vaudoise. Pour elle, le formulaire en 33 langues mis en place pour les réfugiés et les requérants d’asile est donc amplement suffisant pour permettre d’aiguiller le médecin vers des examens complémentaires, voire un traitement.

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