Suisse: Cramer et Rieder pas d'accord sur le loup
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SuisseCramer et Rieder pas d'accord sur le loup

Les deux sénateurs réagissent à la décision du Conseil des Etats de ne pas autoriser le tir du loup toute l'année comme le souhaitait une motion valaisanne.

par
Christine Talos
Robert Cramer s'est opposé avec succès à Beat Rieder mercredi au Conseil des Etats.

Robert Cramer s'est opposé avec succès à Beat Rieder mercredi au Conseil des Etats.

photo: Kein Anbieter

Le loup ne pourra pas être chassé en Suisse toute l'année. Le Conseil des Etats a rejeté mercredi par 26 voix contre 17 une motion du PDC valaisan Beat Rieder qui reprenait un texte du sortant valaisan Imoberdorf. La majorité a préféré miser sur une solution plus équilibrée, alors que la commission de l'environnement voulait, elle, la peau du loup. Les sénateurs ont suivi la minorité emmenée par le Vert genevois Robert Cramer. Interview croisée.

20 minutes: C'est une victoire pour les défenseurs du loup. Votre réaction?

Robert Cramer (Verts/GE): C'est une victoire, mais je pense surtout que la proposition était trop déraisonnable. Parce qu'on ne peut pas dire que le Parlement ne s'occupe pas du loup. C'est la 12e proposition que nous avons sur cet objet en 6 ans. Et la question est traitée. Aujourd'hui, il y a une motion (ndlr. Engler) qui a été renvoyée par le Parlement au Conseil fédéral et celui- ci est en train de préparer un objet de loi. Nous aurons bientôt une consultation sur ce projet. Je ne vois pas à quoi cela sert de revenir sur la question, et de façon si excessive.

Beat Rieder (PDC/VS): La solidarité avec les cantons de montagne n'était pas là. On voit que seuls les cantons qui ont un problème direct avec le loup sont sensibles à cette question. Les autres s'en fichent. Je pense qu'on est loin d'une solution politique. Doris Leuthard a déclaré qu'elle ne voulait pas que l'on puisse chasser le loup. Et c'est là le point décisif. Car la motion Engler, sur laquelle le Conseil fédéral travaille, est inutile et ne va pas résoudre le problème. Le Conseil des Etats s'est laissé prendre aux déclarations de notre conseillère fédérale et je pense qu'on n'est pas plus avancé qu'avant. Et les cantons qui ont le loup sur leur territoire, comme le Valais, doivent se débrouiller eux-mêmes avec ce problème. Et les gens vont perdre confiance envers la politique dans cette loi. C'est évident.

Cette motion est excessive, non?

Robert Cramer (Verts/GE): Oui, car le loup ne fait pas tant de dégâts que ça. Beaucoup moins au fond que le manque de surveillance des moutonniers. Bon an mal an, vous avez 200 moutons qui sont tués par des loups. C'est beaucoup. Mais dans le même temps, il y en 4000 qui tombent dans des ravins, qui sont malades, blessés et qui agonisent parce que l'on ne s'occupe pas d'eux. Cela aussi, c'est une maltraitance à l'égard des moutons qu'il faut dénoncer. Mais la proposition est également excessive, car elle demande de chasser le loup toute l'année. Il s'agit donc d'éradiquer cette espèce puisqu'on pourrait tuer une louve portante ou en train d'allaiter ses petits. Cela revient à faire disparaître cet animal de notre territoire, alors qu'il est protégé par la Constitution.

Beat Rieder (PDC/VS) : Non. La motion n'est pas excessive. Car on ne veut pas exterminer le loup. On veut qu'il soit possible de le chasser durant toute l'année. Car aujourd'hui, en respectant la Convention de Berne, on est limité à 60 jours pour le tirer. On a vu dans les faits que ce n'est pas assez. L'an dernier, on a eu 3 loups qu'on aurait pu abattre, mais aucun n'a été tué, car il était impossible de le tirer dans de telles conditions. Et je vois maintenant que l'on se cache derrière des conditions qui ne sont pas là pour résoudre les problèmes, mais qui trompent la population qui doit composer avec le loup.

Mais finalement, les éleveurs touchent des dédommagements pour chaque mouton dévoré par le loup. Ce n'est pas si mal

Beat Rieder (PDC/VS) : Les paysans ne veulent pas de dédommagements. Ils veulent que le fruit de leur labeur sur plusieurs années ne soit pas détruit en une nuit et pouvoir travailler en paix. Beaucoup de paysans vont arrêter et d'autres sont furieux. La conséquence, c'est qu'on perd le contrôle sur ces problèmes et que d'autres gens vont s'en occuper. Je pense à la France, où les paysans sont allés chasser le loup avec leurs fusils, sans permis. Ils ont même pris des otages et Paris a réagi. La Suisse ne le fait pas.

Les Valaisans vont donc tuer illégalement les loups?

Beat Rieder (PDC/VS) : Je ne sais pas. Mais quand vous laissez aller un problème sans réagir, les gens réagissent alors eux-mêmes. En outre, la population du loup va s'agrandir, puisqu'il y a déjà aujourd'hui des meutes. On va voir ce que cela va donner.

Le problème pour les cantons alpins demeure donc...

Robert Cramer (Verts/GE): Et on s'en occupe, puisqu'il y a une loi en cours d'élaboration et qui sera mise prochainement en consultation. Si on avait voté oui à la motion Imoberdorf/Rieder aujourd'hui, cela aurait signifié que l'on aurait stoppé les travaux en cours, que l'on aurait dû attendre la prise de position du National, qu'ensuite, on aurait renvoyé un message auprès du Conseil fédéral et donc que pendant plusieurs années on n'aurait plus rien fait! Deuxième conséquence: on aurait dressé les Suisses les uns contre les autres, car tout cela se serait terminé par un référendum avec une opposition des cantons alpins contre les cantons urbains. Et je crains pour les premiers que cela aurait été un message terrible qu'ils auraient reçu au terme de ce processus. Il y avait donc aussi quelque chose de très irresponsable dans cette motion Imoberdorf/Rieder et c'est fort heureux qu'elle ait été refusée.

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