Actualisé 18.12.2013 à 19:17

Etats-Unis / Inde

Crise diplomatique après l'arrestation d'une consule

Une affaire de fausse déclaration d'employée de maison déclenche un litige diplomatique entre l'Inde et les États-Unis.

L'Inde a promis mercredi de ramener «à tout prix» sa diplomate arrêtée à New York pour une affaire de fausse déclaration d'employée de maison, le gouvernement ayant fait part de son indignation après qu'elle eut raconté les conditions de sa détention. Le ministre des Affaires étrangères, Salman Khurshid, a promis de «redonner sa dignité» à la consule générale adjointe indienne, Devyani Khobragade, arrêtée le 12 décembre et menottée alors qu'elle déposait ses enfants à l'école. «C'est mon devoir de ramener cette femme chez elle et nous devons lui redonner sa dignité, ce que je ferai à tout prix», a assuré M. Khurshid mercredi devant le Parlement.

Mesures de rétorsion

«Notre inquiétude, notre intérêt et notre détermination premiers sont de pouvoir intervenir efficacement et en particulier de pouvoir assurer que la dignité de notre fonctionnaire est préservée», a-t-il ajouté. L'Inde a pris mardi des mesures de rétorsion contre les États-Unis, comme d'ordonner la restitution des cartes d'identité et badges d'aéroport facilitant la circulation des diplomates américains en Inde. D'autres mesures, comme le blocage des biens importés par l'ambassade américaine, en particulier les alcools, ont été ordonnées. L'Inde va aussi demander les contrats d'emploi et les relevés bancaires des Indiens employés par les diplomates américains en Inde.

Immunité invoquée en vain

«Je pense que cela n'a jamais été fait dans ce pays dans le passé», a dit le ministre. Devyani Khobragade a été arrêtée et détenue à New York parce qu'elle était soupçonnée d'avoir sous-payé son employée de maison, qui est également indienne, et d'avoir menti dans la demande de visa de cette employée. La diplomate indienne a raconté, dans un email à ses collègues dévoilé mercredi par la presse indienne, qu'elle avait invoqué en vain devant les policiers américains son immunité diplomatique pour faire cesser les fouilles au corps qu'elle subissait. «Je dois reconnaître que j'ai fondu en larmes plusieurs fois en raison des humiliations qui m'étaient imposées comme d'être menottée de façon répétée, d'être déshabillée et fouillée au niveau des cavités corporelles et de subir des prélèvements, le tout en compagnie de criminels et de toxicomanes et en dépit du rappel de mon immunité», a-t-elle écrit.

Sang froid

«J'ai eu la force de retrouver mon sang froid et je suis restée digne en pensant que je devais représenter tous mes collègues et mon pays avec confiance et fierté», ajoute-t-elle. Elle a aussi prié le gouvernement indien d'assurer sa sécurité et celle de ses enfants et de préserver la dignité des services diplomatiques indiens, «incontestablement mis à l'épreuve». Le département d'Etat américain a assuré mardi qu'il se penchait sur les conditions de l'interpellation et de la détention de Devyani Khobragade.

Transférée aux Nations Unies

Le quotidien «Times of India» et d'autres médias indiens ont annoncé le 18 décembre qu'afin de la protéger, l'Inde avait transféré Devyani Khobragade aux Nations unies. «Pour assurer l'immunité diplomatique à Devyani, l'Inde l'a transférée à la Mission permanente des Nations unies à New York», a écrit le Times of India. Il n'a pas été possible d'obtenir immédiatement un commentaire du ministère indien des Affaires étrangères. La révélation des conditions de la détention de la diplomate a touché la fierté de l'Inde, qui se considère comme une puissance mondiale émergente.

Intransigeants

Au début de l'année, l'Inde a eu un contentieux diplomatique sévère avec l'Italie après que le gouvernement italien fut revenu sur sa promesse de remettre deux fusiliers marins italiens à la justice indienne, qui les poursuit pour la mort de deux pêcheurs. Les deux hommes sont finalement revenus en Inde. La proximité des élections générales, prévues en mai, pousse le parti du Congrès, au pouvoir, et le parti nationaliste hindou et principal parti d'opposition, le Bharatiya Janata Party (BJP), à se montrer intransigeants dans l'affaire de la diplomate.

Ultra-nationalistes au front

«L'Inde s'en prend à l'Oncle Sam», titre le quotidien Hindustan Times, tandis que le «Mail Today» salue une «diplomatie bulldozer», avec une photo d'un engin de chantier retirant des barrières de sécurité devant l'ambassade américaine. Un groupe de partisans de l'organisation ultra-nationaliste Shiv Sena manifestait en milieu de journée devant l'ambassade à New Delhi, criant des slogans anti-américains. La Maison Blanche a reconnu mercredi que l'arrestation, au grand dam de New Delhi, d'une diplomate indienne à New York, pour une affaire de fausse déclaration d'employée de maison, constituait un dossier «sensible». Mais le porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney, a assuré que cet incident ne constituait pas un indice de l'état des relations américano-indiennes, marquées selon lui par une «profonde» amitié.

Kerry regrette

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a exprimé des «regrets» auprès d'un responsable gouvernemental indien à propos de l'incident diplomatique provoqué par l'arrestation la semaine dernière à New York d'une diplomate indienne, a dit mercredi le département d'État. M. Kerry a téléphoné au «conseiller à la sécurité nationale indien (Shivshankar) Menon» et dans leur «conversation, il a exprimé des regrets, ainsi que son inquiétude, (pour) que nous ne laissions cet incident public malheureux affecter notre relation étroite et vitale avec l'Inde», selon un communiqué de la diplomatie américaine. (afp)

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