Liban - Crise: la serviette hygiénique remplacée par chiffons et couches
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LibanCrise: la serviette hygiénique remplacée par chiffons et couches

Alors que les prix des protections hygiéniques ont quintuplé à cause de l’inflation de la monnaie, les Libanaises cherchent des solutions.

Beaucoup de femmes n’ont plus les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques. 

Beaucoup de femmes n’ont plus les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques.

20min/Céline Nogler

Entre l’effondrement économique et l’inflation au Liban, Chérine n’a plus les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques. Alors chaque mois, quand elle a ses règles, la jeune maman a recours à de vieux chiffons, voire aux couches de son bébé. «Au début, je devais vérifier que mon pantalon n’était pas tâché», reconnaît-elle, évoquant les difficultés à s’adapter à cette nouvelle précarité économique qui bouleverse jusqu’à son intimité. «Avec les prix élevés et la colère que je ressens, j’en suis au point où je préfèrerais ne plus avoir mes règles».

Prix quintuplé

Quand les prix des serviettes hygiéniques qu’elle achetait avant la crise ont augmenté, Chérine a essayé de trouver une autre marque, plus abordable. Les nouvelles serviettes lui ont donné des allergies. Avec la dépréciation de la livre libanaise que rien ne semble enrayer, les nouveaux prix en rayon qui s’adaptent au taux de change sur le marché noir et des salaires qui ne suivent pas, même les marques d’ordinaire bon marché sont inaccessibles.

Les prix des serviettes hygiéniques ont souvent quintuplé. En fonction des marques, les paquets qui coûtaient naguère moins de 3000 livres, soit deux dollars, se vendent aujourd’hui entre 13’000 et 34’000 livres. Chérine s’est fait une raison, se résolvant à assurer d’abord les besoins de sa fillette de quelques mois: «Je préfère lui acheter du lait, moi je peux supporter.» Jamais elle n’aurait pensé qu’un jour, elle utiliserait pour elle-même les couches de sa petite, qu’elles obtient à travers des donations. «Je coupe la couche en deux, comme ça, ça me fait deux utilisations, surtout quand je sors», raconte-t-elle. «J’utilise des serviettes, des bouts de tissus».

Privée de sorties

Chérine a aussi renoncé aux analgésiques qui soulageaient la douleur des premiers jours de règles. Des économies, «au cas où ma fille a besoin de quelque chose». L’effondrement économique a plongé le Liban dans une paupérisation à grande échelle: 55% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté selon l’ONU et le quotidien est marqué par de graves pénuries, notamment de médicaments.

L’hyperinflation risque encore de s’aggraver: pour pallier la fonte des réserves en devises étrangères, les autorités cherchent à couper dans les subventions, qui de fait ne suffisent déjà plus à juguler la hausse vertigineuse des prix de certains produits, comme la farine ou les carburants. De toute façon, les dirigeants n’ont jamais cru bon d’inclure les serviettes hygiéniques dans les listes de produits subventionnés.

Dans la boutique «Tenue de fête» à Beyrouth, qui offre gratuitement des vêtements usagés et des aides alimentaires aux plus démunis, Izdihar avoue ne plus pouvoir payer des serviettes hygiéniques pour elle ou ses trois adolescentes, dont l’aînée a 14 ans. «Parfois je prends des couches pour bébé ici au magasin», raconte cette employée de la boutique, précisant que sa benjamine vient d’avoir ses premières règles. La petite de 12 ans répète constamment ne pas savoir comment utiliser les couches ou les bouts de tissus. «Cela l’affecte psychologiquement, quand elle a ses règles, elle ne sort plus de la maison», ajoute l’employée.

«Même scénario»

Pour soutenir les femmes, plusieurs initiatives ont été lancées. «Dawrati» (Mon cycle) veut lutter contre la «pauvreté menstruelle» et distribue des paniers féminins contenant des serviettes hygiéniques aux plus démunies, explique la cofondatrice de ce projet, Line Tabet Masri. Les familles ou les étudiantes qui offraient naguère des serviettes hygiéniques n’en ont désormais plus les moyens elles-mêmes, explique-t-elle. L’équipe est sollicitée par «des femmes de la classe moyenne», ajoute-t-elle. «Nous ne sommes pas en mesure de répondre à toutes les demandes car les dons ont considérablement diminué».

Dans le camp de Chatila à Beyrouth, des réfugiées palestiniennes déplacées de Syrie apprennent à confectionner des serviettes hygiéniques en tissus, réutilisables. Ce projet est le fruit de la collaboration entre l’ONG «Days for Girls» et l’association locale WingWoman Lebanon, qui vont distribuer ces serviettes dans des régions défavorisées comme le Akkar (nord) ou dans des camps de réfugiés. Rima Ali fait partie des couturières en herbe. Elle et ses trois filles utilisent aussi ces nouvelles serviettes, après avoir acheté des années durant les produits les moins chers.

La crise libanaise a réveillé chez la quadragénaire les souvenirs du conflit sanglant en Syrie, qu’elle a fui il y a neuf ans. «Nous vivions dans des conditions difficiles. Nous découpions de vieux vêtements et les utilisions en guise de serviettes hygiéniques. Je ne m’attendais pas à revivre ce même scénario aujourd’hui», conclut-elle.

(AFP)

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