Suisse romande: Croque-mort, un bastion masculin qui se féminise
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Suisse romandeCroque-mort, un bastion masculin qui se féminise

Les femmes sont de plus en plus présentes dans les pompes funèbres. Une touche de douceur saluée.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Sarah Joliat, cheffe des Pompes funèbres du Léman, à Vevey (VD).

Sarah Joliat, cheffe des Pompes funèbres du Léman, à Vevey (VD).

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«Non, nous ne voulons pas traiter avec une femme.» Il y a dix ans, Sarah Joliat, spécialiste vaudoise des pompes funèbres, a entendu ce "niet" cinglant d'une famille dans le deuil. Autre temps, autre mœurs... Aujourd'hui, les femmes ont réussi à se faire une place dans le domaine de la mort.

«C'est difficile car ce milieu est dominé par les hommes», consent Aude Nicaty, spécialiste des pompes funèbres et fleuriste à Villeneuve (VD). Mais pour celle qui a reçu récemment une autorisation d'exercer du canton de Vaud, ce secteur est naturellement fait pour le sexe féminin. «Nous renvoyons au côté maternel, avec une grande capacité de prendre en compte l'émotion», souligne la trentenaire qui travaille avec son compagnon.

«Dans le Jura Bernois et le Seeland, certains sont surpris quand ils me voient débarquer», rigole Valentine Gerber, jeune croque-mort de 27 ans. «On est appelé jour et nuit», constate celle qui a embrassé le même métier que son papa et qui devrait reprendre l'entreprise familiale.

Dans le lot des têtes qui dépassent, il y a Chantal Montandon, cheffe des pompes funèbres de Lausanne, qui coiffe dix collaborateurs. «Certaines familles ressentent plus de douceur avec une présence féminine. Mais pour nous, l'essentiel est de répondre aux besoins de chacun. C'est ce qui permet le début de deuil le plus paisible possible», indique-t-elle. «Il y a aussi une dimension spirituelle dans ce métier», ajoute Aude Nicaty.

Ex-hôtesse de l'air

Changement de cap pour Danielle Voisard en 1997. L'hôtesse de l'air jurassienne a alors quitté son poste chez Swissair pour une entreprise de pompes funèbres à Delémont. «Je voyais très peu mes trois enfants», explique-t-elle. Vingt ans plus tard, sa passion pour l'univers mortuaire est plus ancrée que jamais. «Accompagner des familles dans le deuil avec discrétion et ouverture est le plus beau des métiers», se réjouit-elle.

«Nous voulions quelqu'un de lumineux»

En janvier dernier, Yves a perdu son père à l'âge de 79 ans. «Ma soeur et moi ne voulions pas d'un croque-mort à l'ancienne mais quelqu'un de jeune et de lumineux lors d'une cérémonie laïque dans une église», explique le Neuchâtelois actif dans le milieu culturel. «J'ai eu la chance de rencontrer une femme croque-mort rayonnante. Sa douceur et son tact naturel ont atténué la dureté du moment. Elle a tout mené d'une main de maître, avec professionnalisme et compassion.»

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