Genève: Crowdfunding immobilier: idée de génie ou loterie?
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GenèveCrowdfunding immobilier: idée de génie ou loterie?

Le modèle récent qui permet à la classe moyenne d'investir dans la pierre interroge et divise.

par
Jérôme Faas
Cet immeuble situé à Bernex (GE), au chemin de Bernex-en-Combes, est actuellement vendu en crowdfunding.

Cet immeuble situé à Bernex (GE), au chemin de Bernex-en-Combes, est actuellement vendu en crowdfunding.

Foxstone

En ces temps où l'épargne ne rapporte rien et où l'accès à la propriété est hors de prix, voilà qu'arrive en Suisse romande le crowdfunding immobilier. L'idée: acheter de très petites parts (de 20 000 à 50 000 fr.) d'immeubles locatifs, et profiter de rendements annoncés entre 4,5% et 8% selon les cas. Le modèle, vendu comme la solution permettant à la classe moyenne d'investir, soulève pourtant des questions.

La Chambre genevoise immobilière est ainsi réservée quant à la formule vantée par les sociétés qui commercialisent ces petites parts. Son secrétaire général Christophe Ameunier note ainsi qu'en Suisse et surtout à Genève, l'arsenal législatif protégeant les locataires est très dense. «Faire valoir des offres avec des rendements élevés est ambigu: cela donne des munitions aux associations de défense des locataires» pour contester les loyers. Qui, s'il baissent, feront s'effondrer les rendements. Philippe Angelozzi, secrétaire général de l'Union suisse des professionnels de l'immobilier-Genève, est aussi dubitatif. «Vu les taux d'intérêts bas, une pléthore d'investisseurs institutionnels se battent pour acheter des immeubles de rendement. Les prix sont hauts. Et l'Asloca, qui juge que même les loyers des logements subventionnés sont abusifs, contrôle tous azimuts.»

Au vu du contexte, Christophe Aumeunier craint donc «une loterie» pour les petits investisseurs. Il remarque en revanche que le modèle, qui existe depuis une dizaine d'années dans les pays anglo-saxons, est adapté aux pays «où il y a pléthore de logements et pas de contestation des loyers».

Dominique Goy, patron de Swisslending, constate pour sa part que «le marché a énormément monté depuis dix ans, et les gains potentiels sont relativement limités. Conceptuellement, c'est génial. N'importe qui a accès à l'investissement.Mais il est sûr que comme partout, le rendement est correlé au risque Il faut regarder la qualité de l'immeuble et faire preuve de bon sens paysan: au centre de Lausanne, oui, dans le Gros-de-Vaud, bof.»

Hausse des loyers pas à l'ordre du jour

La société Imvesters se lance actuellement dans le canton de Vaud. D'une manière générale, elle estime que les risques d'effondrement des loyers, donc des rendements, sont limités. «Nous achetons des biens dont les appartements sont déjà loués, donc dont les notifications de loyers sont déjà acceptées. Des hausses ne sont pas nécessaires pour réaliser le rendement. Et nous apportons une solution aux petits investisseurs.» Foxstone, qui propose d'acheter des parts à 50000 fr. dans un immeuble genevois, n'a pas eu le temps de nous répondre.

L'Asloca parle de spéculation ordinaire

L'Asloca-Genève surveille de près l'achat en crowdfunding d'un immeuble à Bernex (GE) par Foxstone. Là, Christian Dandrès juge que l'annonce n'est pas mensongère. Les locataires ayant récemment conclu des baux de 5 ans, ils peineront à contester leurs loyers, «qui sont déjà exorbitants. On est dans de la spéculation ordinaire.» Alberto Velasco note, lui qu'un rendement de 4,5%, «c'est ce que fait la caisse de retraite des fonctionnaires avec ses immeubles. Mais c'est pervers: on offre à des locataires investisseurs d'exploiter d'autres locataires.»

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