Caraïbes - Cuba secouée par des manifestations inédites contre le gouvernement
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CaraïbesCuba secouée par des manifestations inédites contre le gouvernement

De rares manifestations ont éclaté dimanche dans plusieurs villes cubaines tandis que les révolutionnaires ont été appelés par le président à répliquer.

Manifestation à Cuba le 11 juillet 2021.

Manifestation à Cuba le 11 juillet 2021.

AFP

Le président cubain Miguel Diaz-Canel a accusé lundi le gouvernement américain de mener «une politique d’asphyxie économique pour provoquer des troubles sociaux» et «un changement de régime» sur l’île, au lendemain de manifestations historiques contre le gouvernement. Dans une allocution retransmise à la télévision et à la radio, le dirigeant communiste, entouré de plusieurs de ses ministres, a assuré que son gouvernement essaie d’«affronter et de vaincre» les difficultés face aux sanctions américaines, renforcées depuis le mandat de Donald Trump.

Le président américain Joe Biden «appelle le régime cubain à entendre son peuple et à répondre à ses besoins», dans un communiqué diffusé lundi par la Maison Blanche. «Nous nous tenons aux côtés du peuple cubain et de son appel vibrant à la liberté», affirme encore Joe Biden dans ce communiqué, au lendemain de manifestations historiques à Cuba contre le régime.

Dimanche, le gouvernement cubain s’est dit prêt à défendre la révolution «coûte que coûte», face à des manifestations historiques contre la «dictature», scrutées par Washington qui a mis en garde La Havane contre tout usage de la violence.

La Russie met en garde contre toute «ingérence étrangère»

La Russie a mis en garde lundi contre toute «ingérence étrangère» dans la crise qui secoue Cuba, un pays allié de Moscou, où les autorités sont confrontées à des manifestations historiques contre le pouvoir communiste. «Nous considérons comme inacceptable toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures d’un État souverain et toute autre action destructrice qui favoriserait la déstabilisation de la situation sur l’île», a indiqué dans un communiqué le Ministère russe des affaires étrangères. «Nous sommes convaincus que les autorités cubaines prennent toutes les mesures nécessaires pour rétablir l’ordre public dans l’intérêt des citoyens du pays», a ajouté Moscou, disant «suivre de près l’évolution de la situation à Cuba et aux alentours».

Lundi, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a, lui, rejeté toute approche «interventionniste» de la situation à Cuba, et offert d’envoyer de l’aide humanitaire. Le Mexique peut «aider en fournissant des médicaments, des vaccins, tout ce qui est nécessaire, ainsi que de la nourriture, car la santé et la nourriture sont des droits humains fondamentaux» qui ne nécessitent pas «une gestion politique interventionniste», a déclaré le dirigeant de gauche lors de sa conférence matinale.

«La révolution cubaine, nous la défendrons coûte que coûte!», a clamé sur Twitter le vice-ministre des Affaires étrangères, Gerardo Peñalver, en partageant une vidéo de partisans communistes défilant aux cris de «Je suis Fidel!» tout en brandissant des drapeaux cubains.

Pris par surprise par des manifestations spontanées qui ont éclaté dans diverses villes du pays, dont la capitale La Havane, le président Miguel Diaz-Canel a donné aux révolutionnaires «l’ordre de combattre», les appelant à «sortir dans les rues où vont se produire ces provocations, dès maintenant et dans les prochains jours».

Le gouvernement américain a réagi dès dimanche en mettant en garde les autorités cubaines contre tout usage de la violence à l’encontre de «manifestants pacifiques». «Les États-Unis soutiennent la liberté d’expression et d’assemblée à Cuba, et condamneraient fermement tout acte de violence ou qui viserait à prendre pour cible les manifestants pacifiques qui exercent leurs droits universels», a affirmé le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, sur Twitter.

Au total, selon le site de datajournalisme Inventario, une quarantaine de manifestations, éparpillées sur tout le territoire, ont été recensées dimanche. La plupart ont été diffusées en direct sur les réseaux sociaux, dans ce pays où l’arrivée de l’internet mobile fin 2018 a porté les revendications de la société civile. À partir de la mi-journée, l’accès à la 3G a d’ailleurs été coupé dans une grande partie du pays. Il n’a été rétabli qu’en milieu de soirée.

«Cuba n’est pas à vous!»

«Cuba n’est pas à vous!», criait notamment une foule rassemblée face à des bureaux du Parti communiste (PCC), seule formation politique autorisée à Cuba. «Nous avons faim», «Liberté», «À bas la dictature» ont été quelques-uns des autres slogans scandés au cours de cette journée mouvementée, dont le déroulé a poussé le président à se rendre à la mi-journée à San Antonio de los Baños, petite ville où le premier rassemblement a été signalé, puis à apparaître à la télévision d’État.

Des échauffourées ont éclaté, notamment à La Havane où les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes, tiré en l’air avec leurs armes et utilisé des tuyaux en plastique pour frapper des manifestants, ont constaté des journalistes de l’AFP. Plusieurs voitures de la police ont été renversées et endommagées par des Cubains en colère et de nombreuses détentions ont eu lieu. Un important dispositif policier et militaire a été déployé dans la capitale et plusieurs villes de province.

S’il a reconnu «l’insatisfaction» que peuvent ressentir certains Cubains, face aux pénuries d’aliments et de médicaments, combinées aux coupures électriques quotidiennes, Miguel Diaz-Canel a également accusé l’ennemi de toujours, Washington, d’être à la manœuvre. «Il y a un groupe de personnes, contre-révolutionnaires, mercenaires, payées par le gouvernement américain, de façon indirecte à travers des agences du gouvernement américain, pour organiser ce genre de manifestations», a-t-il affirmé.

Inquiétude internationale

Les relations diplomatiques entre Cuba les États-Unis, après une brève réconciliation entre 2014 et 2016, sont au plus bas depuis le mandat de Donald Trump, qui a renforcé l’embargo en vigueur depuis 1962, dénonçant des violations des droits de l’homme et le soutien de La Havane au gouvernement de Nicolás Maduro au Venezuela. Ces sanctions, ainsi que l’absence de touristes due à la pandémie, ont plongé Cuba dans une profonde crise économique et généré un fort malaise social, suivi de près à Washington et sur le continent américain.

«Nous reconnaissons la demande légitime de la société cubaine d’avoir des médicaments, des aliments et des libertés fondamentales», a tweeté de son côté Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA). «Nous condamnons le régime dictatorial cubain pour avoir appelé des civils à réprimer et à la confrontation contre ceux qui exercent leur droit à manifester», a-t-il ajouté.

«La dictature doit comprendre que nous ne tolérerons pas l’usage de la force brutale pour taire les aspirations du peuple cubain», a averti dans un communiqué le sénateur américain Bob Menendez.

(AFP)

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