Actualisé 04.05.2020 à 06:05

Industrie automobile

Cuir vegan et plastique à base d'algues

Le développement durable, c'est le nouveau chic. Les constructeurs automobiles se tournent de plus en plus vers ces matériaux.

de
Dave Schneider
Pour son concept i3 Urban Suite, BMW mise sur le bois de chêne huilé provenant de cultures certifiées au lieu de matières plastiques fortement concentrés en produits chimiques.

Pour son concept i3 Urban Suite, BMW mise sur le bois de chêne huilé provenant de cultures certifiées au lieu de matières plastiques fortement concentrés en produits chimiques.

BMW

Autrefois, les constructeurs de voitures de luxe et haut de gamme se vantaient du nombre de vaches qui avaient dû être sacrifiées pour le noble intérieur en cuir de leurs véhicules. Aujourd'hui, ils se vantent des imitations en cuir vegan, des boiseries en bois flotté ou des plastiques à base d'algues. Ces deux périodes ne sont espacées que de quelques années. Pourtant la mentalité des clients face aux matériaux durables et, de surcroît, celle des constructeurs a bien changé depuis. Car chaque détail compte pour réduire les émissions de gaz à effet de serre qu'est le dioxyde de carbone (CO2). Le professeur Werner Olle de l'Institut automobile de Chemnitz (CATI) part du principe qu'à l'avenir, il y aura des spécifications sur les proportions de matières premières durables dans les véhicules neufs. À l'heure actuelle, celle-ci est d'environ 10% en moyenne.

En avance sur son temps

De grands constructeurs comme Toyota, Volkswagen ou BMW utilisent depuis longtemps des matériaux durables dans leurs véhicules. Les pièces non visibles telles que les matériaux d'isolation ou le rembourrage des sièges sont, depuis des décennies, fabriquées à partir de matériaux comme le lin, le chanvre, le kénaf, le papier, la cellulose ou le coton. Les constructeurs automobiles doivent utiliser des matières premières renouvelables. Conformément à la directive européenne 2000/53/CE relative aux véhicules hors d'usage, un véhicule doit être à 85% recyclable. Or, pour les parties visibles de la voiture, celles que l'on peut toucher, on a longtemps misé sur le cuir, les bois exotiques précieux, le métal et les matières synthétiques en mousse. Aujourd'hui, on a de plus en plus recours à des matériaux issus du recyclage. «Près de sept millions de tonnes de matières premières entrent chaque année dans la production de nos voitures de tourisme et de nos utilitaires», déclare Mercedes-Benz, selon qui «il est donc d'autant plus important d'optimiser la demande en matières premières, qui ne sont disponibles qu'en quantité limitée ou qui peuvent avoir un impact négatif sur l'environnement et la société, à un stade précoce du développement».

Le constructeur californien Fisker a été un précurseur en la matière avec son modèle Karma, produit dès 2011. Fidèle au proverbe selon lequel le nom est présage, le fondateur danois Henrik Fisker, ancien designer chez BMW et Aston Martin, a non seulement doté la Karma d'un moteur hybride rechargeable, économe en carburant, avec toit solaire, mais également d'une peinture à base d'eau, d'incrustations en bois de recyclage provenant d'arbres abattus par une tempête ou de velours recyclé dans l'habitacle. «Nous pensons que de nombreux acheteurs veulent une voiture de sport élégante avec une image positive et respectueuse de l'environnement», déclarait à l'époque Henrik Fisker. Le Danois était en avance sur son temps. En 2012, un an seulement après le début de la production, l'entreprise californienne a dû se retirer de la course pour des raisons économiques.

Quand Volvo a fièrement annoncé la présence d'incrustations en bois flotté dans l'un de ses modèles SUV il y a cinq ans, cela en faisait encore sourire plus d'un, alors qu'aujourd'hui, plus aucun spécialiste ne fait la grimace à ce sujet. L'utilisation de matériaux plus respectueux de l'environnement est un must, en particulier pour les véhicules électriques. On a notamment utilisé beaucoup de matériaux recyclés pour construire la Mazda MX-30. «Le textile utilisé pour l'habillage des panneaux de portes est constitué à 100% de bouteilles en PET recyclées, le revêtement des sièges contiennent 20% de fil recyclé, les espaces de rangement, ainsi que les poignées de portes intérieures sont fabriqués à partir de déchets de liège obtenus lors de la production de bouchons de liège» explique le designer intérieur Bahram Partaw. On utilise également une imitation cuir vegan, produite sans l'utilisation de produits chimiques.

De la peau de tomate au lieu de caoutchouc

Dans la BMW i3, selon l'équipement choisi, près de 80% de toutes les surfaces se trouvant dans le champ de vision du conducteur sont constituées de matières premières renouvelables ou produites de manière durable, comme l'eucalyptus européen ou la laine vierge. Polestar, la filiale de Volvo, utilise également des matériaux provenant de bouteilles en plastique recyclées, de déchets de liège ou de filets de pêche recyclés. «Pour être vraiment durables, nous devons évaluer chaque élément des voitures», déclare Thomas Ingenlath, PDG de Polestar. Selon lui, le développement durable ne se limite pas au moteur électrique. «En développant ces matériaux durables, nous nous positionnons très clairement par rapport à nos intentions», dit-il. Des fournisseurs comme Continental travaillent sur le développement d'autres matériaux durables, à savoir les carcasses de homard (en raison de leurs bonnes propriétés antibactériennes), la peau de tomates pour les tuyaux et les manchons de suspension ou encore les résidus de grains de café pour la fabrication de phares.

Comme toujours, la recherche est bien plus avancée que la production en série. L'Université technique d'Eindhoven a mis au point une voiture, dont même le châssis est fait de fibres de lin et de bioplastiques à base de sucre. Contrairement aux matériaux légers habituellement utilisés, que sont l'aluminium ou la fibre de carbone, ces matériaux ne nécessitent qu'un sixième de l'énergie qui entre dans la fabrication et sont entièrement recyclables. «L'industrie automobile est déjà très avancée en matière de recyclage», affirme le porte-parole du projet, Ces Verstappen. «Nous pensons cependant qu'il faut améliorer l'ensemble du cycle de vie d'une voiture, de la production à l'utilisation», ajoute t-il. Mais en ce qui concerne la structure extérieure d'une voiture, censée résister aux chocs, on misera encore longtemps sur des aciers hautement résistants, sur l'aluminium ou le carbone. Dans tous les autres domaines, on n'arrête plus le train vers des matières durables.

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