Genève - Cuisiner et déguster pour intégrer des réfugiés

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GenèveCuisiner et déguster pour intégrer des réfugiés

Un restaurant pas comme les autres espère ouvrir en décembre. Les plats seront concoctés par des personnes ayant obtenu l’asile, qui visent in fine une certification fédérale.

par
David Ramseyer
Depuis 2017, l’association Cuisine Lab a organisé une soixantaine d’évènements gastronomiques, pour intégrer des réfugiés.

Depuis 2017, l’association Cuisine Lab a organisé une soixantaine d’évènements gastronomiques, pour intégrer des réfugiés.

Cuisine Lab

Un brownie au chocolat suisse et à l’eau de rose, pistaches et cardamone, mitonné par un réfugié syrien. C’est la promesse d’Agora, un restaurant d’une septantaine de places qui devrait ouvrir en décembre prochain dans le quartier des Nations, à Genève. Le projet est porté par l’association Cuisine Lab, qui œuvre à l’intégration des personnes ayant obtenu l’asile, via notamment des rencontres gastronomiques.

Effluves exotiques et produits locaux

De trois à cinq réfugiés de plus de 30 ans y suivront une formation de neuf à douze mois, encadrés par un cuisinier professionnel. Une certification par Hotel & Gastro formation Suisse est en discussion. Mais ce stage doit surtout servir de tremplin pour décrocher dans un autre établissement une attestation fédérale de formation professionnelle (AFP), un certificat fédéral de capacité (CFC) de cuisinier, ou un emploi d'aide-cuisinier. «La motivation, un intérêt pour les métiers de la restauration et des bases suffisantes de français seront essentielles pour bénéficier de cette formation», avertit Boza Sery-Kore, directeur intérimaire de Cuisine Lab.

Agora proposera des mets qui rappelleront les origines des hommes et des femmes aux fourneaux. Mais pas que. «Pour avoir de meilleures chances de décrocher plus tard un travail en cuisine, ils doivent connaître nos produits locaux et nos techniques culinaires, comme les différentes cuissons de la viande», appuie Boza Sery-Kore.

Un repas pour rencontrer les Suisses

Réfugié iranien de 26 ans, Sajad Fotuhi est aujourd’hui étudiant à l’Ecole hôtelière de Lausanne. Par le passé, il a œuvré lors des évènements gastronomiques mis sur pied par l’association. La cuisine comme vecteur d’intégration? Une évidence, pour lui. «J’ai appris un métier, évidemment. Mais lorsque je présentais mes plats aux convives, on m’interrogeait aussi sur mes recettes, sur mon vécu. Cela a développé mon apprentissage du français et m’a aidé à aller à la rencontre des Suisses. Un repas, c’est donc du partage, une façon de faire connaissance et de s’intégrer.»

Fonds toujours recherchés

Pour ouvrir le restaurant Agora et faire vivre le projet, l’association Cuisine Lab a fait ses calculs: elle a besoin de 800’000 francs. Propriétaire de l’arcade, la fondation Terra & Casa a déjà promis de prendre en charge les équipements et l’aménagement des lieux, à hauteur d’un demi-million de francs. Pour le reste, une campagne de crowdfunding et un appel à des mécènes ont été lancés. Boza Sery-Kore se dit confiant de réunir les fonds nécessaires. ll précise que l’objectif n’est pas de faire de l’argent, mais de couvrir les frais de fonctionnement et le salaire des employés. Les éventuels bénéfices seront reversés à l’association «pour moins dépendre des donateurs et financer d’autres activités, comme les cours de langue.»

Uri et le Valais déjà servis

Un dispositif quasi identique à celui prévu au bout du lac existe depuis déjà dix ans à Altdorf, la capitale uranaise. Créé par la Croix-Rouge suisse, le Fomaz propose six stages d’un an à des réfugiés. Dans ce restaurant, ils sont formés à la cuisine, au service et au bureau; de quoi faciliter leur entrée dans la vie professionnelle et décrocher ensuite une certification fédérale. En 2016, la Croix-Rouge a ouvert un second établissement à Altdorf, le Schützenmatt (coté au Gault&Millau), qui emploie notamment d’anciens stagiaires du Fomaz.

S’il existe des restaurants à vocation sociale dans tout le pays, peu d’entre eux se concentrent uniquement sur les réfugiés. Le Temps de Vivre, aux Mayens de Chamoson (VS), forme ainsi des personnes issues de l’immigration, mais aussi des Suisses à l’aide sociale. Les stagiaires y obtiennent une certification cantonale. Libre à eux d’ensuite compléter leur cursus au niveau fédéral. Reste que l’objectif est avant tout d’intégrer dès que possible le marché du travail.

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