Genève: Cycliste condamné pour la mort d'un piéton
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GenèveCycliste condamné pour la mort d'un piéton

Un trentenaire a écopé d'une peine pécuniaire avec sursis pour homicide par négligence. Il avait renversé un piéton avec son vélo en 2017.

par
Léonard Boissonnas
La collision s'était produite à ce carrefour.

La collision s'était produite à ce carrefour.

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«Dramatique», «pas banal», «injuste», «tellement surprenant», «stupide»: les diverses parties ont usé de nombreux qualificatifs pour décrire l'accident jugé ce vendredi au Tribunal de police de Genève. Il s'était produit le 20 juillet 2017, vers 18h45. Un cycliste de 29 ans circulait sur la piste cyclable du boulevard Helvétique quand, à l'intersection avec le Cours de Rive, il a percuté un piéton qui traversait sur un passage. Souffrant de multiples lésions cérébrales, ce dernier, âgé de 44 ans, est décédé trois semaines après, à la suite de l'arrêt des soins.

Selon l'accusation, le cycliste est passé au rouge et roulait à une vitesse excessive qui n'était pas adaptée aux circonstances. De plus, il n'a pas ralenti à l'approche d'une intersection d'importance avec des feux et un passage piétons. «Le choc a été si violent que la victime a été projetée avant de retomber sur la tête», a décrit l'avocat de la partie plaignante, Me Roland Burkhard.

De son côté, le prévenu a contesté n'avoir pas respecté la signalisation lumineuse: «Le feu était à l'orange», a-t-il assuré. Selon lui, il roulait à une vitesse qu'il estime à 25 km/h. Il dit avoir choisi de poursuivre sa route, car la piste était libre et qu'il n'aurait pas pu s'arrêter avec sécurité.

Des versions différentes

Pour la procureure Judith Levy Owczarczak, «il n'y a pas de place pour le doute dans cette affaire», rappelant les propos des témoins, le croquis de la police et les plans de phases de feux de circulation. «Les règles de prudence ont été violées, a plaidé la représentante du Ministère public. Le prévenu devait avoir conscience de la situation de danger qu'il créait.» Elle a requis une peine de douze mois de prison avec sursis pendant trois ans pour homicide par négligence.

La défense, assurée par Me Robert Assaël, a demandé l'acquittement. Selon l'avocat, les divers témoignages sont contradictoires et aucun élément matériel, comme des images de vidéosurveillance, n'existe pour montrer ce qu'il s'est réellement passé. «Dans ce dossier, rien ne permet d'être catégorique, on est dans le flou total, a déclaré l'homme de loi. A partir de là , il y a un doute raisonnable qui doit profiter à l'accusé.»

Rouge ou jaune, arrêt obligatoire

Une lecture reprise en partie seulement par le président du Tribunal, Fabrice Roch, au moment d'annoncer le verdict. Si on ne peut arrêter les faits de manière définitive avec les témoignages, ceux-ci permettent néanmoins de retenir l'essentiel. Que le feu ait été au rouge ou au jaune, peu importe. Les deux signifient qu'il faut s'arrêter. «Le prévenu a fait le choix de poursuivre sa route, il n'a ni ralenti ni regardé à gauche, a poursuivi le magistrat. Il s'agit d'une violation grave d'une prescription importante des règles de circulation.»

Le Tribunal a déclaré l'accusé coupable d'homicide par négligence et l'a condamné à une peine pécuniaire de 365 jours-amende à 270 francs par jour avec un sursis de trois ans. Une peine privative de liberté ne pouvait être prononcée «pour des raisons juridiques», a relevé Fabrice Roch, sans donner plus d'explications. En outre, il l'a condamné à verser à la famille de la victime des dédommagements pour tort moral à hauteur de 54'000 francs.

Audience très émotionnelle

L'atmosphère dans la salle du tribunal était très chargée émotionnellement vendredi. Le défunt, employé chez un opticien, était un père de famille très actif et très entouré, ont raconté ses proches. Son épouse, ses parents et ses soeurs ont témoigné de leur immense douleur au quotidien. «Personne ne se lève un matin en pensant que sa vie va voler en éclats», a notamment déclaré, en pleurs, la femme de la victime, qui est suivie depuis. Le père du défunt a raconté les 21 jours de «calvaire et de supplice» qui ont suivi l'accident. «Pour nous, le plus dur a été de lui donner la mort, après lui avoir donné la vie», a-t-il dit. La famille a aussi expliqué qu'elle attendait du prévenu qu'il reconnaisse les faits pour pouvoir tenter de faire son deuil. Celui-ci ne le faisant pas,selon eux, les proches ont refusé qu'il leur adresse la parole. Peu loquace à l'audience, cet employé de banque, également père de famille, s'est dit «extrêmement désolé». Son avocat a rappelé que son client a été «bouleversé» par cet accident: «Il n'y aura pas une journée où il n'y pensera pas.»

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