Voile: «D'habitude, il faut être quatorze, là je serai seul»
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Voile«D'habitude, il faut être quatorze, là je serai seul»

Dimanche, Yann Guichard s'élancera de Saint-Malo sur la Route du Rhum pour rejoindre Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.

par
Jean-Philippe Pressl-Wenger

Son bateau est un bolide taillé pour tous les records. C'est un monstre de 40 mètres de long, un trimaran pensé et dédié à la navigation extrême en équipage. Après quelques modifications, Yann Guichard sera en mesure de régater seul. Mais la grandeur de son Spindrift 2 pourrait se révéler un handicap, sur cette solitaire.

- Yann, comment s'est passée votre préparation ?

- Bien. Si physiquement et mentalement je suis prêt, le temps manque toujours pour mettre au point un immense bateau comme Spindrift 2. Ce bolide est habituellement géré par 14 personnes. Je serai seul.

- Du coup, les performances seront elles aussi au-dessous de ce qui est possible?

- Nos gros bateaux sont capables d'atteindre de très hautes vitesses, mais je sais que nous ne serons pas capables de les exploiter à 100% durant toute la traversée. On sera peut-être à 50 ou 60% des capacités offertes lors d'une navigation en équipage.

- Chaque manœuvre vous prend une heure environ. Redoutez-vous particulièrement certains moments de la course ?

- Au départ, il y aura 80 con­currents, plus les bateaux des spectateurs, ça va être chaud. Ensuite il y aura le passage à la bouée du Cap Fréhel, à 800 m de la côte. Là aussi, ce sera coton. La dernière fois, j'avais dû manœuvrer d'urgence après qu'un kayak avait passé entre mes flotteurs. Puis il y aura la Manche, avec ses cargos et ses pêcheurs. Dès la sortie de la Manche, ce sera un peu moins tendu.

- Pouvez-vous viser le record de l'épreuve ?

- Il faut voir, ces bateaux-là en sont capables, mais il faudrait que la météo joue pour nous durant toute la traversée. A cette période de l'année, ce n'est que très rarement idéal. Le record, pourquoi pas, mais cela reste une compétition et je préfère gagner, même en 20 jours.

- Depuis le dernier Vendée Globe, les suiveurs ont l'habitude de visionner des photos et des capsules vidéos envoyées par les navigateurs. Cela ne vous prend-il pas trop de temps ?

- Envoyer des informations, des images et de la vidéo fait partie du boulot d'un marin moderne. Même si cela rajoute du travail et demande de l'organisation et du temps, cela fait partie du jeu. Tout dépend des conditions, la course gardera toujours la priorité.

- Filmer, monter, envoyer, tout cela représente du travail. Comment vous y prenez-vous ?

- Des systèmes simplifiés ont été installés à bord pour partager tout ça. Mais il faut savoir qu'une minute trente de vidéo prend environ quarante minutes à transmettre et qu'en comparaison, la majorité des manœuvres à effectuer avec le bateau me prend environ une heure.

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