Suisse: Danger de mort dans les cuisines?
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SuisseDanger de mort dans les cuisines?

Certaines bactéries deviennent de plus en plus résistantes. Une étude montre que des germes dangereux se retrouvent régulièrement là où nous nous faisons à manger.

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dmz/afp

«Elles mesurent à peine cinq millièmes de millimètres, mais semblent disposer d'une formidable volonté de survivre.» C'est ainsi qu'est décrite la bactérie Escherichia coli ou E. coli, par le «Tages-Anzeiger» vendredi. Ces petites bêtes vivent dans nos intestins et ceux des animaux. Mais en dehors de leur habitat naturel, elles peuvent devenir très dangereuses et causer un empoisonnement du sang ou diverses infections, comme celles des voies urinaires ou de la vésicule biliaire. «En cas d'infection sanguine, le taux de mortalité est de 30%», explique le Dr Reno Frei, chef du département de microbiologie clinique de l'hôpital universitaire de Bâle, au quotidien. En Suisse, 2000 personnes meurent chaque année à cause de ces germes.

Le problème, c'est que ces microorganismes ont développé une résistance farouche aux antibiotiques. «Il y a dix ans, ces médicaments permettaient d'éradiquer 99% d'entre eux. Aujourd'hui, 10% survivent à presque tous les antibiotiques», précise le médecin.

Cuisines en cause, surtout dans les hôpitaux

En mai, le microbiologiste, épaulé par d'autres chercheurs des universités de Bâle et Zurich, a démontré qu'une voie de transmission a été sous-estimée: la cuisine. Ils ont analysé 298 planches à découper, dont 154 provenant d'hôpitaux et 144 de ménages. Une sur vingt était contaminée à la variante multirésistante de l'E. coli (BLSE) et, découverte majeure, elles avaient toutes servi à préparer de la volaille. Le boeuf, le porc, l'agneau, le gibier, le poisson et les légumes n'en ont pas laissé.

Plus inquiétant, le nombre des ustensiles contaminés était deux fois plus élevé dans les hôpitaux que chez les particuliers. Et sur chaque paire de gants en latex, utilisée pour préparer des la volaille, des bactéries ont été retrouvées. Les scientifiques en ont alors conclu que «les ustensiles de cuisine et les mains sont des vecteurs importants de transmission des BLSE lorsque de la volaille est travaillée».

Le Conseil fédéral au travail

Si les résultats de cette étude semblent alarmants, il existe toutefois un moyen très simple de se débarrasser de ces germes. Un nettoyage à 60 degrés des mains et du matériel suffit à les tuer. Ce qui fait dire aux chercheurs que les mesures d'hygiène dans de nombreuses cuisines sont insuffisantes.

La Commission fédérale d'experts pour la sécurité biologique a par ailleurs défini les BLSE comme «grande menace biologique pour la population», conclut le Tagi. Et la réaction du gouvernement est attendue pour les prochaines semaines. Une seule chose semble certaine, relève le quotidien, c'est qu'il s'est déjà refusé à un label garantissant une viande élevée sans antibiotiques et à une information publique systématique lors de cas d'infections avérées.

Le poulet inquiète les Britanniques

Septante pour cent de la viande de poulet vendue dans les supermarchés britanniques est contaminée par la bactérie Campylobacter. Cette bactérie peut s'avérer mortelle dans certains cas, a révélé jeudi l'Agence britannique de sécurité alimentaire (FSA). Presque 18% des produits concernés présentent même un taux de contamination au-delà des limites tolérées, a ajouté la FSA.

L'agence a lancé en février une étude sur ces produits qui doit durer un an. Au printemps, l'agence avait alerté la population sur la présence de cette bactérie, l'invitant à ne pas laver la viande de poulet pour éviter sa dissémination sur les mains ou le plan de travail.

La FSA publiait aussi jeudi, pour le première fois, des chiffres par groupe de distribution, révélant que chez Asda par exemple 78% de la viande de poulet testée présentaient cette bactérie, suivi de Co-operative (73%), Morrisons, Sainsbury's et Waitrose (tous trois 69%), Marks&Spencer (67%) et Tesco (64%).

Les chiffres concernant les chaînes de discount alimentaires Aldi et Lidl n'étaient en revanche pas disponibles. «Ces résultats montrent que l'industrie alimentaire, en particulier les distributeurs, doivent agir davantage» contre le Campylobacter, a déclaré le directeur du FSA, Steve Wearne, cité dans l'étude.

Environ 280'000 Britanniques sont affectés tous les ans par la bactérie, qui provoque des infections intestinales en général bénignes mais qui peuvent être fatales chez les très jeunes enfants, les personnes âgées et les individus immunodéprimés.

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