Triathlon: Daniela Ryf: «J'aime aussi quand c'est plus facile!»
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TriathlonDaniela Ryf: «J'aime aussi quand c'est plus facile!»

En pleine préparation pour les Mondiaux de demi-Ironman et d'Ironman cet automne, la double championne du monde s'inflige des entraînements parfois très intenses. Par nécessité.

par
Oliver Dufour

La triathlète soleuroise (30 ans) se remet peu à peu d'une blessure au dos subie en mars dernier. Ça ne l'empêche pas de se montrer ambitieuse en vue des championnats du monde d'Ironman 70.3 (demi-Ironman) à Chattanooga (USA), début septembre et surtout des Mondiaux d'Ironman à Kailua-Kona (Hawaï), le 14 octobre, dont elle est double tenante du titre. Après avoir remporté pour la 4e fois l'Ironman 70.3 de Rapperswil , voici deux semaines, elle s'attaquera jeudi au 5150 de Zurich, sur distance olympique.

Avec ce dos qui vous a gêné au cours des trois derniers mois, où en êtes-vous dans votre programme de préparation?

Je ne suis pas encore en pleine forme, mais je me remets peu à peu dans le bain. Je fais encore attention de ne pas trop pousser à l'entraînement. Je fais à peu près tout ce que je peux pour améliorer mon état. Acupuncture, chiro, physio, massages… Tout y passe. Je reconstruis ma forme, même si je n'ai pas tout perdu simplement en ne faisant pas grand-chose pendant trois mois. Donc je suis assez satisfaite de ma situation jusqu'ici.

La canicule a frappé la Suisse ces derniers jours. Ça n'a pas ralenti votre entraînement?

Non, je suis à Saint-Moritz (1800m), où il a fait autour de 25 degrés, c'est juste parfait. Mais lorsque nous courons aux Mondiaux à Kona, il fait autrement plus lourd et humide, donc si on ne le supporte déjà pas en Suisse, ce n'est pas la peine de prendre le départ!

Quels seront vos objectifs pour les courses de cet automne?

J'espère réaliser une bonne performance à Chattanooga. Ça sera un bon indicateur de forme pour Kona en octobre, où j'espère gagner. Ces deux courses seront vraiment mes principaux objectifs de l'année. Pour l'instant on suit le planning. Et finalement c'est peut-être une bonne chose d'avoir dû observer une pause en avril et mai, parce que la saison est longue. On verra encore si je poursuis jusqu'en décembre à Bahreïn, dernière étape du Triple Crown (ndlr: un circuit offrant un million de dollars au vainqueur des épreuves de Dubaï, Chattanooga et Bahreïn, ce que Daniela Ryf avait réussi en 2015).

Avec la Bâloise Natascha Badmann, sextuple championne du monde d'Ironman, vous êtes les héroïnes du film Two Fast, disponible sur RedBull TV, qui retrace vos exploits. Qu'avez-vous pensé du résultat?

C'était très instructif. Lorsque vous êtes en compétition, vous êtes dans un tunnel et vous ne réalisez pas bien ce qui se passe autour de vous. Du coup j'ai appris des choses sur moi-même et sur Natascha aussi.

Que retenez-vous principalement?

Elle est une personne avec une immense force mentale, mais surtout quelqu'un de toujours positif. Même en fin de carrière, lorsqu'elle ne jouait plus la gagne sur les courses, elle dégageait toujours la même joie. Ce n'est pas évident quand vous avez été nourri au succès. Mais c'est très important dans la vie en général. J'admire Natascha pour ça. J'essaie d'être un peu comme elle. Elle a une telle passion pour son sport!

Avez-vous le sentiment qu'on vous compare beaucoup à elle?

Non, je ne crois pas vraiment qu'on nous compare. Elle a été un modèle pour beaucoup de monde. C'est elle qui a rendu Kona célèbre en Suisse. Mais elle a remporté les Mondiaux six fois, moi deux. Ce qui est drôle, c'est qu'elle a eu 20 ans de carrière et qu'elle a tenu jusqu'à l'âge de 50 ans, alors que moi j'en ai une quinzaine à mon actif. J'ai simplement débuté plus jeune. Mais sinon nous somme deux personnes totalement différentes avec nos propres histoires.

Est-ce néanmoins un but à terme de tenter d'approcher son record?

Non, pas du tout. Six ans c'est une très longue période. Et notre sport évolue constamment. Je regarde simplement la course suivante. Les résultats tomberont si les choses sont bien faites.

Dans le film toujours, il est beaucoup question de la façon dont vous faites toujours tout à fond. Qu'est-ce qui vous pousse à vous livrer ainsi?

Je vous rassure, j'aime bien quand c'est facile aussi! Je suis comme beaucoup de monde: aller faire un tour à vélo tranquillement me va très bien. C'est juste qu'à certains moments ça doit être fait. Il faut pousser la machine. J'essaie d'écouter mon coach, Brett Sutton. Lorsqu'il me dit de faire trois tours à fond, je fais trois tours à fond. Ça peut faire la différence. Et les sensations après avoir livré un gros effort sont indescriptibles.

En 2008, aux JO de Pékin, vous aviez obtenu un très bon 7e rang sur distance olympique. Ça ne vous titille de tenter un retour sous cette forme pour tenter de viser une médaille à Tokyo en 2020?

Non, ce n'est pas très réaliste. Je crois que c'était peut-être la course de ma vie à Pékin. Ou la suivante à Séoul, lors de ma victoire dans cette épreuve des séries mondiales WCS en 2010, qui était encore plus aboutie. Mais il faut être vraiment rapide sur la distance olympique et je ne le suis pas assez. On a souvent l'impression que l'Ironman est plus dur en raison de la plus grande distance (ndlr: 226km au total contre 42km au triathlon olympique), mais c'est le contraire. L'Ironman c'est une journée de travail. Huit heures d'effort qu'il faut doser.

Comment avez-vous réalisé que les grandes distances vous convenaient mieux?

Ça a surtout commencé lorsque j'ai pris Brett comme entraîneur (ndlr: en 2012). C'est lui qui m'a dit: «Tu es un Ironwoman!» Je n'en étais pas sure au début, mais mes muscles sont ainsi faits. Il faut être fort et constant. Je récupère bien mieux après un Ironman qu'un triathlon classique. Et l'interdiction dans l'Ironman de rouler dans l'aspiration d'un concurrent me convient mieux aussi. Comme en juniors, j'apprécie de devoir faire la différence en solitaire.

Jusqu'où vous voyez-vous continuer?

Je cherche à m'améliorer sans cesse. Peut-être que si je suis dans le même état d'esprit que Natascha, je continuerai jusqu'à 50 ans (rire)! Mais je pense que je pourrais faire encore cinq ans au top niveau absolu. Peut-être même dix si je voulais. Il faudrait simplement que j'aie encore cette passion.

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