18.11.2018 à 18:38

Tennis

Dans le doute, Zverev a eu raison

Samedi, l'Allemand a été conspué par une large partie du public au Masters, après avoir demandé l'interruption du jeu. La règle est claire, mais qui décide?

de
Oliver Dufour, Londres
Après sa victoire contre Roger Federer, Sascha Zverev a été conspué par une partie du public.

Après sa victoire contre Roger Federer, Sascha Zverev a été conspué par une partie du public.

Julian Finney

Venus en masse soutenir leur héros Roger Federer, samedi à l'O2 Arena, les spectateurs n'ont pas digéré son élimination en demi-finale par Alexander Zverev. Ce d'autant plus que durant le tie-break de la seconde manche, l'Allemand a obtenu l'interruption du jeu et le droit de rejouer un point dans lequel son adversaire semblait avoir pris l'ascendant. Un des ramasseurs de balle a laissé tomber sur le court l'une des petites balles jaunes, qui a ensuite roulé à l'arrière de la surface de jeu. Le point rejoué a ensuite permis au No 5 mondial de se maintenir dans le jeu décisif avec un ace. Avant de conclure la partie, victorieux mais sous les huées des fans.

Sur le fond, l'arbitre a eu parfaitement raison de faire jouer le point. Les règles du jeu édictées par la fédération internationale, l'ITF, sont très claires. Au chapitre 23, il est précisé que:

Chaque fois qu'une balle est annoncée «let», le point est rejoué en entier, sauf lorsque le let est annoncé au second service.

Cas 1: Au cours d'un échange, une autre balle roule sur le court. On annonce un let. Le serveur avait au préalable servi une balle faute. Est-ce que le serveur a droit à une première balle de service ou à une deuxième ? Décision : Première balle. Il faut rejouer le point en entier.

Il n'est en revanche nullement spécifié qui peut demander l'interruption du jeu. Est-ce uniquement l'arbitre de chaise, ou un joueur peut-il s'arrêter de jouer et lever la main, comme l'a fait Zverev? Interrogés samedi, les joueurs eux-mêmes n'en avaient aucune idée. «C'était audacieux de la part de Sascha, parce que je ne sais pas si un joueur peut prendre la décision ou si c'est l'arbitre qui doit lui-même voir la situation et réagir», a commenté Federer, qui pensait qu'il aurait lui-même continué à jouer dans le doute. «Je n'ai pas exactement vérifié la règle, a pour sa part admis Novak Djokovic, qualifié en soirée dans l'autre demi-finale. Je crois que l'arbitre de chaise est seul habilité à arrêter le jeu s'il voit quelque chose. Je ne suis pas sûr. Peut-être que quelqu'un ici peut me dire si un joueur peut faire ça? Visiblement, personne ne sait!»

Les exceptions terre battue et Hawk-Eye

En fouillant le règlement de l'ITF, nous n'avons pas trouvé de réponse spécifique à la question. L'Annexe VI des règles stipule que:

L'arbitre de chaise a le pouvoir d'arrêter ou d'interrompre le jeu à n'importe quel moment s'il décide qu'il est nécessaire ou approprié de le faire.

Rien ne dit en revanche qu'on interdit à un joueur de le faire. D'autant plus que sur terre battue, lorsqu'un joueur estime qu'une balle a été mal jugée, il peut s'arrêter immédiatement pour demander que l'arbitre de chaise vienne inspecter la trace. Il en va de même sur les autres surfaces, lorsque le court est équipé de la technologie Hawk-Eye, qui permet les fameux «challenges», dont chaque joueur dispose en quantité limitée, pour déterminer si une balle est vraiment bonne ou non.

«En principe, dans un match avec un arbitre, ce dernier est le seul à pouvoir légitimement arrêter un point», nous explique cependant un juge arbitre à qui nous avons soumis la question. Parce que dans le cas contraire, les joueurs pourraient invoquer tout et n'importe quoi pour interrompre le jeu.» L'officiel précise toutefois qu'il s'agit un peu d'un «gentlemen's agreement», puisque dans les rares cas où un joueur remarquerait une situation de gêne avant l'arbitre, il lèverait la main et laisserait l'arbitre stopper la partie.

Au vu de tout ce qui précède, on peut dire qu'Alexander Zverev a eu raison de s'arrêter de jouer. Il a simplement pris le risque que l'arbitre n'entre pas en matière, faute d'avoir vu lui-même la scène ou de preuves suffisantes. Dans tel cas, l'Allemand aurait automatiquement perdu le point. Mais avec des «si»…

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