Actualisé 21.07.2015 à 08:47

MexiqueDans son fief, «El Chapo» est un Robin des bois

Dans l'Etat de Sinaloa, le baron de la drogue Joaquin Guzman est vénéré des habitants parce qu'il leur a fourni du travail et de la nourriture avant son arrestation en 2014.

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20.01 Au lendemain de son extradition El Chapo a plaidé non coupable le lendemain des 17 chefs d'accusation retenus contre lui par la justice américaine devant un tribunal de Brooklyn.

20.01 Au lendemain de son extradition El Chapo a plaidé non coupable le lendemain des 17 chefs d'accusation retenus contre lui par la justice américaine devant un tribunal de Brooklyn.

AFP/Mexican Interior Ministry
Vêtu d'une tenue bleue de détenu, «El Chapo», 49 ans, est apparu fatigué, s'exprimant à voix basse en espagnol devant le juge James Orenstein, qui a fixé au 3 février la prochaine audience dans ce dossier.

Vêtu d'une tenue bleue de détenu, «El Chapo», 49 ans, est apparu fatigué, s'exprimant à voix basse en espagnol devant le juge James Orenstein, qui a fixé au 3 février la prochaine audience dans ce dossier.

AFP/Mexican Interior Ministry
19.01 Le puissant narcotrafiquant Joaquin «El Chapo» Guzman a été extradé jeudi vers les Etats-Unis.

19.01 Le puissant narcotrafiquant Joaquin «El Chapo» Guzman a été extradé jeudi vers les Etats-Unis.

AFP/Mexican Interior Ministry

Une zone montagneuse à la végétation luxuriante, parsemée de hameaux où vivent des paysans pauvres: voici la forteresse naturelle de Joaquin «El Chapo» Guzman, dans sa région natale, où le fugitif est peut-être caché.

Depuis sa deuxième évasion, il y a une semaine, d'une prison de haute sécurité, sa légende s'est encore accrue dans l'Etat de Sinaloa (nord-ouest), où il est vénéré tel un Robin des bois en dépit des nombreux assassinats commis par son cartel. Les autorités américaines pensent que Guzman se cache ici, dans ce lieu difficile d'accès, où il bénéficie du soutien de la population, indique à l'AFP un agent américain de sécurité.

A Badiraguato, la ville administrant le village qui l'a vu naître, ainsi que celui de plusieurs autres narcotrafiquants redoutés, les habitants espèrent que «El Chapo» va redynamiser l'économie locale. Avant son arrestation en février 2014, le leader du cartel de Sinaloa donnait du travail aux paysans, envoyait de la nourriture dans les maisons de retraite et offrait des jouets aux enfants à Noël.

«Il donne de l'argent»

«Les gens se réjouissent (de son évasion) parce qu'il aide beaucoup de gens», explique Gerardo Avila devant sa petite boutique de vêtements du centre-ville, écrasé de chaleur, de Badiraguato. «Il donne de l'argent et des emplois. Il aide davantage que les présidents», assure un jeune homme de 22 ans. Quel genre de travail ? «Couper des arbres dans la montagne», explique-t-il.

Erica, une Mexicaine de 40 ans qui vend des caramels devant l'église de cette commune, pense aussi que Guzman a fait du bien à la communauté. Grâce à lui, «les gens travaillent, il y a de l'activité, mais là-haut» dit-elle, en indiquant les montagnes. Le travail que propose Guzman sur les collines n'a rien à voir, de toute évidence, avec la taille des arbres mais plutôt avec la culture de la marijuana et du pavot. «C'est un mal nécessaire», pense Enrique Amarillas, responsable d'une association locale, se plaignant que le gouvernement n'a pas su créer «les conditions nécessaires pour lutter contre la pauvreté» dans cette région.

Le manque d'eau est courant

Selon le maire, Mario Valenzuela, plus de la moitié des paysans de la ville se consacrent à la culture de la drogue. «A Badiraguato, on cultive malheureusement toujours du pavot, ainsi que de la marijuana, mais ce n'est pas la seule activité», assure-t-il à l'AFP. Quant au commerce, il revient à des gens comme «El Chapo», dit-il. Dans cette ville qui est la deuxième plus pauvre de l'Etat de Sinaloa, 20% des 32'600 habitants vivent dans une extrême pauvreté, selon les statistiques officielles. Le manque d'eau est courant dans ces hameaux disséminés dans la forêt dense, dont l'accès n'est possible qu'à des véhicules tout-terrains.

Un de ces villages est La Tuna, où Guzman a vu le jour en 1957 et où vit toujours sa mère de 86 ans dans une grande maison construite par son fils. «Elle s'occupe à temps plein de sa maison et prie. Les gens la croisent et la respectent, non pas parce qu'elle la mère de El Chapo , mais parce qu'elle est une personne digne de respect», indique le maire.

«Ici il n'y a pas de criminels. Simplement du travail. Ici il n'y a pas de richesse», assure Martin Medina, 44 ans, au milieu des caquètements de poules, assis sous un porche, à côté de quatre autres paysans.

«Je ne veux pas être comme lui»

Un responsable américain de la sécurité pense que Guzman est caché dans ce «Triangle doré» de la drogue, entre les Etats de Sinaloa, Durango et Chihuaha. Le maire de Badiraguato assure qu'il y a davantage de policiers dans la ville depuis l'évasion du narcotrafiquant, mais aucun déploiement de forces de l'ordre n'a été constaté par l'AFP, ni de barrage sur les routes alentours. Et si la majorité de la population l'admire dans son fief, tout le monde n'est pas fan.

«Quand je serai grand, je ne veux pas être comme lui. Je veux avoir un travail normal», dit un garçon de 12 ans qui vend des articles de cuisine sur la place de la désormais célèbre Badiraguato.

(afp)

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