Actualisé 15.03.2011 à 17:49

Monde du travailDavantage de vacances coûtera cher

Six semaines de vacances pour tous est une bonne nouvelle du point de vue de la santé. Il en va autrement pour les coûts que cette initiative va engendrer.

par
rga
Pas sûr qu'une semaine de vacances en plus profite nécessairement aux personnes déjà atteintes des effets du stress au travail.

Pas sûr qu'une semaine de vacances en plus profite nécessairement aux personnes déjà atteintes des effets du stress au travail.

Le travail ne cesse de rendre malades les gens et 60% des travailleurs se plaignent de subir de plus en plus fréquemment les effets du stress. L'initiative «Six semaines de vacances pour tous» de Travail Suisse veut inverser cette tendance qui nuit à la santé publique. Demain, le Conseil national débattra de cette initiative et le peuple sera vraisemblablement appelé à s'exprimer en 2012. Bien que l'idée de six semaines de vacances soit des plus séduisantes, les coûts engendrés par pareil «cadeau» méritent d'être examinés.

Selon le Conseil fédéral, une semaine de vacances en plus augmente les coûts salariaux de 2%. Si l'on tient compte du fait que le Suisse moyen prend déjà cinq semaines de vacances par an, une de plus aurait pour conséquence de faire grimper le coût total à 6,6 milliards de francs par an. En face, 10 milliards de francs de dépenses (invalidité, absentéisme, accidents) dues aux effets du stress, selon une étude de la Confédération. Les syndicats argumentent qu'une semaine de vacances en plus permettra aux travailleurs de se reposer. Il s'agirait donc d'un bon investissement.

Est-il vrai de prétendre que plus de vacances engendrent moins de stress?Les avis divergent à ce sujet. Selon Dieter Kissling, chef de l'Institut pour la médecine du travail à Baden (AG), ce sont précisément les personnes les plus «menacées» par le stress qui ont de la peine à profiter de plus de vacances: «Ils continuent à travailler chez eux et sont incapables de faire un break», déclare-t-il au «Tages-Anzeiger». Mais Kissling voit aussi des avantages, notamment dans le fait que l'on puisse prendre trois semaines en un seul bloc. «Il faut cela pour que la personne concernée puisse recharger ses batteries». Des maladies dues au stress, telles que les dépressions, peuvent être combattues avec efficacité, admet-il.

Theo Wehner, professeur de médecine du travail à l'EPFZ, insiste sur un autre point: plus de vacances vaut la peine pour autant que le travailleur ne soit pas confronté à plus de travail lors de son retour au boulot. En 1984, lors de l'introduction des vacances de quatre semaines, les entreprises n'auraient pas embauché plus de monde, constate-t-il. La conséquence : le stress n'a pas diminué mais il a augmenté.

Pour Yngve Abrahamsen, de l'Institut des études conjoncturelles de l'EPFZ, il serait plus judicieux d'exiger une baisse du nombre d'heures hebdomadaires. «Car les employés n'auront pas droit à des cadeaux». Bien que des baisses de salaire ne soient pas immédiatement envisageables, Abrahamsen estime que les syndicats seront affaiblis lors de futures négociations sur les salaires des travailleurs. L'introduction d'une nouvelle semaine de vacances aura, selon lui, un effet négatif sur les salaires à moyen terme.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!