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VoyageDe Genève à Lisbonne sans fric

Deux étudiants vont tenter de rallier le Portugal en quinze jours, sans argent et sans téléphone.

par
Marine Guillain
Florian (21 ans, derrière) et Dino (25 ans) s'échauffent pour leur périple, qui démarre ce jeudi.

Florian (21 ans, derrière) et Dino (25 ans) s'échauffent pour leur périple, qui démarre ce jeudi.

MaG

«C'est excitant, mais on a la pression!» Ce jeudi, Florian et Dino partent pour une aventure à priori inédite pour des Romands. Leur but: quitter Genève, traverser la France et l'Espagne puis rejoindre Lisbonne. Sans argent. Sans téléphone. Le tout en deux semaines. «On a réservé notre vol retour le 17 février donc on n'a pas le choix!»

Ils prévoient de faire du stop, de quémander à manger dans les restos et de dormir chez l'habitant. Les deux étudiants se sont rencontrés à l'université. Florian est un habitué de l'autostop. Fan des émissions TV «J'irai dormir chez vous» et «Nus et culottés», il a motivé Dino, qui veut «sortir de sa zone de confort».

En octobre, ceux qui se voient comme «deux OVNIs» sont partis pour un week-end test en Suisse. Tout sourires, ils évoquent cette dame qui ne voulait pas les prendre dans sa voiture mais avec qui ils ont bu un café, Jean-Claude le plâtrier adepte de culturisme, un témoin de Jéhovah qui comparait les relations à l'agriculture. Et aussi leur soirée dans une silent party intergénérationnelle à Yverdon, leur hôte lausannoise qui leur a confié ses histoires de cœur pendant toute la nuit, ou encore ce trajet avec un boucher et un gardien de prison. «Quand il n'y a pas d'argent en jeu ça change tout, les émotions sont décuplées, soutiennent les deux garçons. Et en prenant le risque de l'inconnu, on s'imprègne mieux des gens et de leur culture».

Les Genevois ont choisi le sud pour le climat. Ils se sont fixé des défis à réaliser sur la route tels que traire des vaches, faire de l'impro dans la rue, nettoyer chez quelqu'un, faire du surf, danser la kizomba au Portugal et faire un jour de stop séparément... Ils ne parlent ni espagnol ni portugais, mais misent sur leur caractère jovial pour se débrouiller. «On portera des chemises pour augmenter nos chances d'être pris en voiture car ça fait plus sérieux!»

Au fond de leur sac, une carte de crédit, qu'ils n'utiliseront qu'en cas de gros pépin. Et s'ils ne trouvent personne pour les héberger? «On dormira dans un hall d'immeuble, ou n'importe où du moment qu'il ne fait pas trop froid!»

Privilégier les aires d'autoroute

«Un risque pour ces deux hommes? Peut-être qu'ils seront bloqués en pleine nuit dans la campagne. Mais avec un bon sac de couchage, ça devrait aller», estime Daniel Slodowicz, créateur de l'association suisse d'autostop. Le Fribourgeois de 28 ans dit n'avoir jamais connu de danger avec le stop, qu'il pratique depuis sept ans. «C'est interdit sur l'autoroute et les péages en France, ça peut créer des problèmes avec la police», prévient-il. Il précise que sur les aires d'autoroute, le stop est permis et très efficace.

«Les jeunes hommes prennent à priori moins de risque que les jeunes femmes dans ce type de voyage, note Stéphanie Vincent-Geslin, sociologue spécialiste des mobilités alternatives. Cela ne signifie pas que toutes les jeunes filles qui font du stop vont se faire agresser ou violer! Mais dans l'imaginaire collectif, l'autostop est une pratique risquée, aventureuse voire sulfureuse.» L'enseignante-chercheure explique qu'aujourd'hui, le stop est largement remplacé par le covoiturage, plus fiable. «Les deux pratiques peuvent être l'occasion de belles rencontres», note-t-elle.

Selon les spécialistes, les groupes ou les personnes âgées auront peut-être plus de peine à se faire prendre, tandis que les filles, pour qui il est conseillé de voyager à deux, patienteront moins longtemps sur le bord de la route.

Nous allons suivre la première journée de voyage de Florian et Dino ce jeudi. Vous pourrez découvrir notre reportage vidéo, en ligne dès vendredi.

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