Hong Kong: De l'étudiante à l'ex-flic, les visages de la contestation
Actualisé

Hong KongDe l'étudiante à l'ex-flic, les visages de la contestation

Etudiants, parents, salariés, retraités et même un ancien policier colonial, ils sont descendus dans la rue pour réclamer plus de droits, plus de justice, plus d'espoir.

Battant le pavé parfois pour la première fois, Sonia, Jasper, Kwok et Anderson aspirent à vivre dans une démocratie stable où leur voix est entendue et respectée. Aucun n'aurait imaginé il y a quelques semaines encore braver la police antiémeute lors des plus graves troubles civils survenus depuis la rétrocession à la Chine de l'ancienne colonie britannique en 1997.

Jeune, étudiante, cultivée et politiquement affûtée, Sonia Man est à l'image de la majorité des protestataires qui bloquent le centre financier de Hong Kong depuis dimanche en demandant la tête du chef de l'exécutif local et l'instauration pleine et entière du suffrage universel en 2017.

A 20 ans, elle n'en était pas à son premier défilé revendicatif car des manifestations antichinoises ont rassemblé des centaines de milliers de personnes ces dernières années. Et vendredi soir, c'est tout naturellement qu'elle s'est jetée dehors pour rejoindre la foule massée devant le siège du gouvernement, sans savoir qu'elle serait arrêtée le lendemain à l'aube.

«J'avais peur, au début je ne voulais pas participer mais je savais qu'il fallait que je le fasse, pour mon avenir», a-t-elle raconté après sa libération.

Ses parents ont assisté impuissants à son arrestation devant leur poste de télévision alors que, emmenée par quatre policiers, elle s'écriait: «La démocratie, maintenant!».

«Je suis inquiète pour mon avenir. Si mon arrestation peut servir à avoir un gouvernement capable de régler les problèmes comme le logement, l'emploi et l'éducation, je veux bien me faire arrêter encore», lance-t-elle non sans morgue.

Jasper éduque son fils

Jasper Poon, 33 ans, a emmené son fils Anthony au milieu des manifestants, sans crainte des violences, pour lui faire respirer un vent d'audace et de liberté. «Je dois lui apprendre la démocratie et ce que signifie le pouvoir du peuple», explique cet employé de banque joufflu. «Ces étudiants se battent pour son avenir à lui».

Il ne s'était pas vraiment soucié de politique jusqu'ici, mais ne manque jamais la retraite aux flambeaux organisée chaque année à Hong Kong - le seul endroit en Chine à l'autoriser - à la mémoire des victimes de la répression du mouvement démocratique de Tiananmen à Pékin en 1989.

Majeure, Kwok Kayi, 23 ans, a pourtant dû faire le mur pour échapper à la vigilance de sa mère et lever le poing avec des milliers d'autres au pied des gratte-ciel qui ont fait de Hong Kong un emblème du capitalisme financier.

Elle fait partie de ceux qui ont rallié les manifestations après avoir pris la mesure, sur les réseaux sociaux, de la vague populaire. «C'est seulement au milieu de la nuit que je peux m'exprimer. Mes parents ne me soutiennent pas du tout».

Fracture entre générations

Kwok symbolise la fracture entre générations sur la question chinoise dont témoignent de récentes enquêtes d'opinion. Nombre des quelque 7,5 millions de Hongkongais sont des migrants venus de Chine.

Ils ont connu la guerre civile entre nationalistes et communistes, ou leurs parents avant eux, les émeutes sanglantes de 1967 à Hong Kong, la rétrocession... Ils n'aspirent, eux, qu'à la stabilité.

Anderson Mike est vraisemblablement quant à lui le seul ex-flic hongkongais à vivre les manifestations côté... manifestants. Né à Hong Kong en 1954, d'origine pakistanaise, cet ancien officier de la Couronne se retrouve aujourd'hui face à ses collègues d'hier.

«Les Hongkongais sont désormais des citoyens de seconde zone, après les Chinois de Chine, dans leur propre ville», s'indigne-t-il. «Les Hongkongais ont été trahis par leurs dirigeants et après 17 ans (de tutelle chinoise, ndlr), ils se réveillent et réalisent qu'il est temps de changer les choses». (ats)

Ton opinion