Suisse: De l'or extrait par des enfants importé chez nous
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SuisseDe l'or extrait par des enfants importé chez nous

Une raffinerie suisse achète régulièrement de l'or provenant de mines du Burkina Faso et extrait par des enfants, dénonce mercredi la Déclaration de Berne.

Sept tonnes. C'est la quantité d'or importée l'an dernier en Suisse depuis le Togo. Des recherches menées par l'ONG Déclaration de Berne (DB) montrent que la provenance de cette matière première est plus que douteuse. En effet, l'association est parvenue à remonter la filière jusque dans les mines artisanales du Burkina Faso.

Une fois extrait et traité, l'or est acheminé de manière illégale vers le Togo par de grands et puissants réseaux de contrebande, écrit mercredi la DB dans un communiqué. Depuis le Togo, le métal précieux est d'abord acheté par le groupe Ammar, qui l'importe ensuite en Suisse via sa filiale genevoise MM Multitrade. Pour finir, l'or est transporté chez Valcambi, une raffinerie située au Tessin.

Une des «pires formes de travail des enfants»

La DB dénonce le fait que cette contrebande fait perdre beaucoup d'argent au Burkina Faso. Selon ses estimations, elles s'élèvent à 6,5 millions de francs pour la seule année 2014, soit un quart de l'aide au développement octroyée la même année par la Suisse au Burkina Faso. Mais le problème ne s'arrête pas là. Entre 30 et 50% des travailleurs, actifs dans les mines artisanales, seraient mineurs. Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), il s'agit de l'une des «pires formes de travail des enfants». Notamment parce que les conduits des mines sont peu sécurisés et mal ventilés. Les produits toxiques qu'ils respirent provoquent de graves maladies pulmonaires et respiratoires.

De son côté, Valcambi prétend connaître en détail sa chaîne d'approvisionnement et appliquer à la lettre les standards du secteur, qui visent notamment à prévenir la commercialisation d'or produit en violation des droits de l'homme. C'est du moins ce que la société tessinoise affirme dans son code de conduite, rappelle la Déclaration de Berne.

Les trois entreprises se taisent

En mars dernier, le Comité des droits de l'enfant de l'ONU s'est dit «préoccupé par le fait que la Suisse se repose uniquement sur une autorégulation volontaire» et a demandé aux autorités d'établir un «cadre réglementaire clair». Son but: prendre des mesures contraignantes pour éviter que les sociétés helvétiques ne soient impliquées dans des violations des droits de la personne. L'initiative populaire, lancée en avril de cette année par la DB, va dans le même sens.

Selon la RTS, les trois sociétés concernées n'ont pas voulu s'exprimer sur les faits qui leur sont reprochés.

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