Actualisé 14.12.2008 à 07:35

FrancfortDe la boxe pour oublier la crise

Pour évacuer le stress des salles de marchés et l'angoisse de la crise, les jeunes loups de la finance ont trouvé à Francfort un nouvel exutoire: le soir venu, ils abandonnent la cravate pour les gants de boxe et montent sur le ring entre traders.

«Ce qu'il leur faut, c'est un changement complet de rythme», explique à l'AFP Oliver Wolf, qui gère le «Club sportif des cadres» installé à quelques enjambées des gratte-ciels de la capitale financière allemande.Les clients, qui déboursent 99 euros par mois pour être entraînés au combat, «sont très durs envers eux-mêmes, ils veulent repousser leurs limites», assure M. Wolf, dont le club côtoie la salle de boxe du Petrescu, où ont combattu des légendes du ring comme Muhammed Ali et Sugar Ray Robinson.Parmi les traders en mal d'adrénaline, on compte aussi des femmes. «Ici, on peut faire le vide dans sa tête», explique Ines, venue avec son amie et collègue Marisa prendre son cours de kickboxing, à l'issue d'une «dure journée» de travail en tant que courtier dans une banque.Et le kickboxing, observe-t-elle, permet justement de faire davantage le «vide» que les salles de gym classiques où les managers parlent affaire en transpirant sur les tapis de course, un oeil rivé sur les télévisions d'info en continu.Comme la spéculation boursière, la boxe, «c'est très sérieux», analyse pour sa part Milon Jensse, un consultant de 41 ans qui reconnaît être parfois plus concentré devant le punching-ball que durant sa journée de travail.Sur le ring, plus question de penser plus-value, dépréciation ou obligations: une concentration maximale est requise, «sinon vous prenez des coups», explique le maître des lieux, Oliver Wolf. Les préoccupations externes, et notamment professionnelles, ne sont cependant pas totalement bannies. M. Wolf, qui se targue de prendre en compte les affinités des combattants amateurs pour organiser les paires sur le ring, a même accompagné à Londres un de ses protégés fortunés pour un combat de «boxe entre cols blancs» qui opposait les «fonds spéculatifs» aux «fonds de capital investissement». Globalement, la boxe du soir est bénéfique à la vie de bureau du matin, affirme le gérant du club sur son site internet: «l'entraînement à la boxe enseigne les réflexes et la concentration, et favorise l'opiniâtreté, le courage et la conscience de soi».Or ces qualités risquent d'être particulièrement utiles en ces temps de tempête boursière et financière, relève le psychanalyste britannique Adam Jukes, qui voit défiler nombre de courtiers de la City sur son divan londonien. «Les salles de marchés sont de véritables fosses aux lions, c'est horrible!», s'exclame le thérapeute, auteur de nombreux ouvrages sur la psychologie masculine.Cependant, si ceux qui enfilent les gants cherchent un exutoire à leur stress, le ring reste, comme la Bourse, «un lieu d'intense concurrence», observe M. Jukes.C'est sans doute pourquoi d'autres courtiers continuent à privilégier les bonnes vieilles méthodes pour recharger les batteries: au pied des tours de verre qui dessinent «Mainhattan», le quartier des banques de Francfort qui tient son nom du Main, l'affluent du Rhin qui traverse la ville, bars et boîtes font le plein de banquiers dûment cravatés, qui boivent et font la fête sans échanger d'uppercuts. (afp)

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