Actualisé 24.03.2016 à 10:37

Attentats de Bruxelles«De la traumatologie de guerre» à soigner

Membres arrachés, traumatismes cérébraux, peau carbonisée: les victimes des attentats ont été transportées à l'hôpital avec des blessures observées dans des zones de guerre.

«C'est la guerre. C'est de la traumatologie de guerre», diagnostique Jacques Creteur, chef de l'unité de soins intensifs à l'hôpital universitaire Erasme dans la capitale belge. «Certains malades sont arrivés avec des trous, avec des débris de ferrailles dans les membres et dans le thorax», a expliqué le professeur.

«Sur beaucoup de patients, nous avons fait ce que l'on appelle du 'damage control'. C'est la première intervention qui est faite pour arrêter l'hémorragie. Ou alors, si un membre est complètement explosé, c'est de l'aligner et pas plus», dit-il.

«L'idée est de stabiliser l'état du patient et de retourner 24 heures, 48 heures, 72 heures plus tard en salle d'opération pour plus de travail sur le membre cassé (...) Essayer de soigner un trop grand nombre de blessures subies par un patient au cours d'une intervention chirurgicale est très risqué pour les blessés graves, avec la perte de sang, le risque de complications ou d'autres problèmes qui mettent la personne en danger de mort», observe le chef de service.

Etats dramatiques

Pour lui, c'est vraiment de la «chirurgie de guerre». «Dans l'armée, il y a des spécialistes du 'damage control'. Si le chirurgien s'acharne à tout corriger, l'opération dure trop longtemps et le malade ne tient pas le coup».

Son hôpital, où ont été admis seize patients, fait partie des établissements belges qui ont accueilli des victimes des explosions qui ont secoué Bruxelles mardi matin, à l'aéroport international ainsi que dans le métro de la capitale, faisant 31 morts et 300 blessés, selon un bilan provisoire. Mercredi, trois blessés étaient encore entre la vie et la mort à Erasme.

«Ce sont des patients qui sont blessés, déchiquetés, qui ont eu des chocs hémorragiques. Ils sont dans des états vraiment dramatiques à voir», constate Christian Melot, chef de service aux urgences à Erasme.

Nous avons «déjà vu des accidentés de la route qui sont à peu près dans le même état. Mais autant de victimes en aussi peu de temps qui ont ce genre de lésions, non», ajoute le médecin.

Pire encore les plaies sur un corps humain, causées par ce type d'explosion, ne sont pas nécessairement observables. Ainsi, l'onde de choc émise par une puissante détonation peut endommager le cerveau, les poumons et les intestins sans laisser de blessures visibles.

Course contre la montre

Localiser ces plaies est une course contre la montre pour les médecins qui utilisent diverses techniques, y compris la chirurgie et des scanners du corps pour détecter les dégâts avant qu'il ne soit trop tard.

«On croit toujours que, quand les gens sortent de l'hôpital, les choses vont bien. Mais les gens vont mettre des années à se remettre sur le plan psychologique et physique», rappelle le Dr Creteur.

«Certains vont mettre un ou deux ans avant de travailler et d'avoir une vie normale. Il y aura un travail terrible de rééducation, pour reprendre le métro, supporter une foule. Cela va être difficile», professe-t-il.

Les médecins ont été témoins de la gravité des blessures des victimes, mais aussi du hasard cruel qui a frappé certaines victimes des attaques.

«Une chose qui m'a marqué hier: une famille d'une victime m'a raconté que la mère avait appelé son fils pour lui dire: 'Il y a un attentat à Zaventem, surtout ne prend pas le métro. Je vais te chercher en voiture'».

Et son fils de répondre: «Ouais, mais c'est à Zaventem, cela n'a rien à voir avec le métro', et il a pris le métro. Il a sauté (dans l'explosion) à la station de Maelbeek», raconte Christian Melot. «C'est un concours de circonstances vraiment incroyable, mais malheureusement c'est tombé sur lui»... (nxp/ats)

(NewsXpress)

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