Actualisé 10.08.2017 à 06:05

Vaud

De nouvelles images choc dans une porcherie

Une militante végane a diffusé une vidéo filmée le week-end dernier chez un éleveur déjà épinglé. Le vétérinaire cantonal dit n'avoir rien décelé d'illégal, mais Migros et Coop annoncent exclure ce producteur avec effet immédiat.

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Frédéric Nejad Toulami/Mirko Martino

Les images sont glauques et provoquent même un haut le coeur. Dans la vidéo transmise mercredi matin aux médias par Kate Amiguet, de la fondation Mouvement pour les animaux et le respect de la terre (MART), on découvre des porcs dans une promiscuité stressante. Certains animaux en viennent à se mordre et se dévorer la queue ou l'anus sanguinolent. La militante végane, qui n'en est pas à son coup d'essai en la matière, en rajoute une couche avec une bande son émouvante.

La porcherie où elle assure avoir tourné la vidéo, dans la nuit du samedi 5 août au dimanche 6 août, se trouve à La Praz (VD). Elle appartient à la famille Annen, parmi les plus importants producteurs porcins de Suisse romande. Or il s'avère que ces mêmes éleveurs avaient été épinglés par un clip similaire dévoilé en septembre 2016, dans leurs exploitations vaudoises d'Echallens, de Peney-le-Jorat et de Ropraz. PEA, une association qui milite pour l'abolition de l'exploitation animale, avait elle aussi diffusé une vidéo dénonçant les conditions d'élevage de porcs chez les Annen en janvier dernier.

Coïncidence ou hasard du calendrier, l'émission Mise au point, sur RTS Un, a diffusé un reportage dimanche dernier, dans lequel on voit Daniel Annen présenté comme un agriculteur exemplaire à Corcelles-près-Payerne (VD), dans une exploitation moderne et spacieuse, qui avait su tirer les leçons du passé. Car le vétérinaire cantonal, Giovanni Peduto, avait fini par sévir contre cette famille de producteurs en raison, notamment, d'un petit dépassement du nombre d'animaux autorisés dans chaque box et une trop faible intensité lumineuse dans la porcherie. Coop et Migros avaient alors cessé de s'approvisionner chez les Annen, avant de recommencer en raison des mesures successivement prises par les producteurs et des contrôles menés par le Service de la consommation et des affaires vétérinaires.

Cannibalisme dans des porcheries

Mais Kate Amiguet n'accepte pas la nouvelle réputation de cette famille d'éleveurs. «Par ces images insoutenables tournées à La Praz, je voulais prouver que la famille Annen continue à détenir des animaux désoeuvrés et dans une chaleur intense qui les poussent à ce type de comportement cannibale, dans des porcheries qui n'ont rien à voir avec celle montrée dans l'émission de dimanche», explique-t-elle. La section des Verts vaudois, dont elle est proche, s'est fendue d'un communiqué mercredi après-midi afin de dénoncer la maltraitance dans certaines porcheries. Les écologistes annoncent qu'ils interviendront de nouveau au Grand Conseil vaudois à ce sujet.

Quant à Willy Annen, rencontré mercredi après-midi à La Praz, il réfute fermement ces accusations et parle d'images trafiquées. Découvrez son interview ici:

Quant à Willy Annen, rencontré mercredi après-midi à La Praz, il réfute fermement ces accusations et parle d'images trafiquées. Découvrez son interview ici:

Kate Amiguet est, elle, catégorique: «J'ai bien filmé cette vidéo dans cette porcherie de La Praz samedi passé et je peux le prouver à un procureur. J'étais avec un témoin, les métadonnées des images ne sont pas modifiables et l'antenne relais dans cette commune a dû capter le signal de mon smartphone.» Elle s'apprête à déposer plainte pénale contre l'exploitant.

Choquées, Coop et Migros cessent toute collaboration

Contactés, Migros (pour Micarna) et Coop (Bell) viennent parallèlement d'annoncer à 20minutes.ch prendre très au sérieux ces nouveaux éléments. Dès lors, chacune d'elles cesse avec effet immédiat de se fournir en viande porcine chez ce grand producteur romand, et ce jusqu'à ce que le vétérinaire cantonal fasse toute la lumière dans cette affaire.

Des changements en 2018 mais pas de sorties en plein air pour les bêtes

Une nouvelle ordonnance fédérale avec des normes plus strictes entrera en vigueur le 1er septembre 2018. Pour les élevages du même type que ceux dénoncés, les porcs à l'engrais auront droit à 0,9 m2 au lieu des 0,65 m2 actuels, ce qui représente 28% d'animaux en moins sur la même surface. Quant au sol avec des baguettes en cadrillage, il sera interdit. Par contre, il n'est pas question d'une sortie quotidienne obligatoire pour ces bêtes. Pour des conditions d'élevage moins pénibles pour les animaux, le consommateur n'a pour l'heure que la possibilité de faire confiance à des labels de qualité aux normes plus exigeantes.

«Surveillance renforcée»

«Nous avons inspecté la porcherie de La Praz mardi après-midi, et nous n'avons mis en évidence aucun manque de soins aux animaux, déclare le vétérinaire cantonal Giovanni Peduto. Par ailleurs, dans le cadre de contrôles inopinés de cette porcherie, nous avions fait le même constat en septembre et décembre 2016 puis en avril 2017.» Il rappelle toutefois que «si le phénomène du cannibalisme dans les porcheries est connu, le détenteur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour que des blessures telles que celles qu'on voit sur la vidéo ne surviennent pas. Si ces blessures devaient survenir, il n'est pas correct que l'animal blessé ne soit pas isolé de ses congénères et que des mesures de prise en charge des blessures ne soient pas immédiatement mise en oeuvre.» Depuis septembre dernier, le canton de Vaud a renforcé la surveillance des conditions de détention des porcs. Mais peut-il totalement exclure que des fuites de ses services mettent à mal l'aspect inopiné des contrôles? Giovanni Peduto refuse d'entrer en matière sur une telle hypothèse.

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