Genève: De plus en plus d'élèves, mais pas plus de place

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GenèveDe plus en plus d'élèves, mais pas plus de place

Les effectifs scolaires ne cessent d'augmenter, la construction de bâtiments ne suit pas.

par
Jérôme Faas
La conseillère d'Etat chargée du Département de l'instruction publique, Anne Emery-Torracinta, ce mardi matin au Centre de formation professionnelle - Construction.

La conseillère d'Etat chargée du Département de l'instruction publique, Anne Emery-Torracinta, ce mardi matin au Centre de formation professionnelle - Construction.

Keystone

«On va vers une crise des bâtiments.» L'appréciation est de Julien Nicolet, membre du comité du syndicat des enseignants du Cycle d'orientation (Famco). Il l'a partagée au sortir de la conférence de presse de rentrée du Département de l'instruction publique, ce mardi. «Pour absorber 1500 élèves supplémentaires par an, il faudrait ouvrir deux écoles chaque année», complète-t-il. On en est loin.

Peu avant, la conseillère d'Etat Anne Emery-Torracinta avait elle aussi, quoique dans des termes moins catastrophistes, souligné la poussée démographique. Lundi prochain, l'école genevoise accueillera 49'057 élèves, soit 1537 de plus que l'an passé. «C'est l'équivalent de deux gros cycles d'orientation», illustre l'élue. Cette augmentation «fait suite à des années de hausse, il s'agit d'une tendance générale qui ne va pas s'arrêter».

Crue attendue au cycle en 2021

Les effectifs de l'école primaire, qui enregistre l'arrivée de 771 élèves supplémentaires cette année, sont en hausse depuis 2013. Au cycle d'orientation (+235 élèves à la rentrée), cette crue se fera sentir «en 2021-2022», indique la conseillère d'Etat. Alors que le secondaire II, en augmentation constante depuis vingt ans, doit accueillir cette année 480 jeunes en plus, dont 400 concernés par le nouveau dispositif de la formation obligatoire jusqu'à 18 ans.

Pour l'heure, seuls deux nouveaux cycles d'orientation sont planifiés: le nouveau bâtiment du Renard, appelé à remplacer, en plus grand, l'actuel et vétuste ensemble d'Aïre-le-Lignon. Il est prévu pour 2023. Et celui de Bernex, qui sera proche de la sortie de l'autoroute, et devrait sortir de terre en 2025.

Exiguïté territoriale et culture de l'opposition

Anne Emery-Torracinta reste cependant prudente. Pour le nouveau cycle du Renard, prévu à Balexert, «tout dépend du déplacement des terrains d'entraînement du Servette FC au Grand-Saconnex». D'une manière générale, la socialiste observe que, «le gros problème à Genève, c'est l'exiguïté du canton et les oppositions». Et à ce titre, elle dispose d'un exemple récent: l'école de commerce Raymond-Uldry a été inaugurée l'an passé alors qu'elle était planifiée pour 2007, soit dix ans de retard.

«Que cela devienne une vraie priorité»

L'élue admet par ailleurs que ce problème récurrent de locaux complique la mise en oeuvre de la formation obligatoire jusqu'à 18 ans, puisqu'elle ajoute mécaniquement des élèves dans le système. Pour Julien Nicolet, «il y a déjà aujourd'hui des bâtiments remplis au-delà de leur limite de capacité. Il faudrait que cela devienne une vraie priorité du département de l'Instruction publique et de celui des Infrastructures. Pour l'instant, ce problème ne semble pas être au cœur de leurs préoccupations. Or, le résoudre concourrait aussi à avoir des conditions scolaires correctes qui permettraient d'éviter le décrochage des élèves.»

Malgré l'augmentation des effectifs, le DIP est néanmoins parvenu, cette année, à conserver les mêmes moyennes d'élèves par classe et les mêmes taux d'encadrement que l'an passé. Ces deux indicateurs se situent dans la limite réglementaire.

A l'école jusqu'à 18 ans

La rentrée 2018 marque l'entrée en vigueur du dispositif de formation obligatoire jusqu'à 18 ans. Elle s'axe principalement sur le pré-qualifiant, soit de la mise à niveau permettant par la suite d'intégrer une formation débouchant sur un CFC ou un AFP. Au total, dès lundi, le Département ouvre 407 places destinées aux élèves déjà décrochés ou risquant de le devenir. A la fin de l'année, 769 places seront disponibles. Elles se répartissent entre des classes préprofessionnelles, des stages en rotation dans les différents centres de formation professionnelle et des programmes de formation individualisés en trois modules (remobilisation, stage, vers l'apprentissage).

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