Carnet noir: Décès de Roger de Diesbach

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Carnet noirDécès de Roger de Diesbach

Journaliste d'investigation et ancien rédacteur en chef de «La Liberté», Roger de Diesbach est décédé lundi soir. Le Fribourgeois a succombé à l'âge de 65 ans des suites d'une longue maladie supportée avec courage et discrétion.

Le journalisme de qualité aura été sa passion et le combat de sa vie. Pourtant le milieu dont il était issu ne le prédisposait pas à un tel métier. Né dans une famille patricienne et militaire, l'armée, la diplomatie ou la banque aurait mieux fait l'affaire.

«Journaliste, il voulait être; journaliste, il devint», écrit un de ses prédécesseurs à la tête de «La liberté», François Gross, dans la préface de l'ouvrage que Roger de Diesbach a signé en 2007 «Presse utile, presse futile - Plaidoyer pour le journalisme».

Servir

Ses racines ne lui posaient aucun problème. Il les assumait sans complexe et «même avec une certaine fierté. Le journalisme est une autre façon de servir son pays», a-t-il écrit.

De l'avis du journaliste et producteur de «Temps présent» Jean- Philippe Ceppi, qui a notamment collaboré avec lui au BRRI, la stature de Roger de Diesbach tient aussi bien aux affaires qu'il a révélées qu'au rôle de maître qu'il a joué avec plusieurs générations de journalistes en les formant. «Il était l'incarnation du contre-pouvoir de la presse dans ce qu'elle a de meilleur», a-t- il dit sur les ondes de la TSR.

Avec la mort de Roger de Diesbach, les journalistes, en particulier romands, perdent une figure emblématique. Ses anciens collaborateurs de «La Liberté» sont sous le choc. L'actuel rédacteur en chef du quotidien fribourgeois Louis Ruffieux salue l'héritage très important que laisse son prédécesseur.

A titre personnel, M. Ruffieux ne cache pas sa tristesse. «Nous le savions très malade et étions conscients que ce combat, il n'allait pas le gagner», a-t-il dit à l'ATS. Une grande émotion règne dans la rédaction dont il était resté proche.

«Comme une lionne ses petits»

Homme d'une grande autorité, Roger de Diesbach avait une haute idée du journalisme et savait entraîner ses troupes dans son sillage. «Le seul et unique devoir du journaliste est d'informer. Sa seule justification est de rechercher la vérité et les faits», leur disait-il.

«Il a toujours défendu son journal comme une lionne ses petits», dit de son côté Madeleine Joye. Depuis peu à la retraite, cette journaliste a travaillé avec quatre rédacteurs en chef de «La Liberté».

Chaleureux, généreux, passionné, il avait quelques défauts de ses qualités. «Je ne parlerai pas de ses colères, car on ne dit pas de mal des morts», plaisante dans son émotion Mme Joye.

Administrateur-délégué de l'Imprimerie Saint-Paul et éditeur de «La Liberté», Albert Noth salue le rayonnement hors du commun de Roger de Diesbach: «un homme courageux, rigoureux, bagarreur, s'il le fallait». Selon lui, M.de Diesbach a redonné un élan au journal et l'a remis à «sa vraie place».

Le prix de l'investigation

Des coups, Roger de Diesbach en a reçus. Comme bon nombre de journalistes, il a fait ses premières armes à l'Agence Télégraphique Suisse (ATS). Il y a travaillé de 1969 à 1976 et a animé le service d'enquêtes et de reportages. Avoir diffusé contre la volonté de ses supérieurs un reportage sur la livraison d'hélicoptères de police de la Suisse au Chili du général Pinochet lui coûtera sa place.

De 1976 à 1986, il oeuvre comme correspondant parlementaire à la «Tribune de Lausanne». Ensuite, il frappe un grand coup et fonde l'agence de reportages et d'investigation BRRI. Durant 7 ans, il a publié avec une poignée de confrères quelque 1500 enquêtes. Il devra mettre la clé sous le paillasson pour des raisons financières.

Dès 1994, il sera pour deux ans rédacteur en chef adjoint du «Journal de Genève». Il tiendra ensuite la barre de «La Liberté» pendant huit ans, jusqu'en 2004.

Roger de Diesbach laisse une veuve, Nicoletta, et trois fils, Gilles, Romain et Simon. Ses obsèques auront lieu jeudi.

(ats)

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