Déchets de Naples: Bruxelles poursuit l'Italie en justice

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Déchets de Naples: Bruxelles poursuit l'Italie en justice

La Commission européenne a annoncé mardi le renvoi de l'Italie devant la Cour européenne de justice afin de la contraindre à prendre des mesures pour gérer le problème des déchets dans la région de Naples.

Pour Bruxelles, celles qui ont été mises en oeuvre ne sont «pas suffisantes».

«Des plans (d'action) ont été proposés par le passé mais ils n'ont jamais été mis en pratique, ce qui est une des raisons pour laquelle nous avons décidé de poursuivre l'Italie devant la CEJ», la Cour européenne de justice, a indiqué un responsable de la Commission.

«Nous soulignons que des propositions sont en train d'être faites à l'Italie pour qu'elle améliore la situation. Mais sur la base du calendrier fixé, la Commission n'est pas convaincue que ce problème sera résolu assez rapidement», a-t-il déclaré.

Fortes amendes

La crise des déchets, récurrente en Italie depuis quatorze ans, suscite la colère et l'inquiètude à Bruxelles. L'UE avait lancé en janvier un dernier avertissement à Rome, prévenant que le pays risquait d'être attaqué en justice.

L'Italie encourt de fortes amendes si la cour, basée au Luxembourg, donne raison à la Commission.

Décharges saturées

Le ramassage des déchets à Naples et en Campanie, en général, a été suspendu vers Noël en raison d'un manque de place dans les décharges, et des dizaines de milliers de tonnes de détritus se sont accumulés dans les rues, provoquant une crise sanitaire.

Les températures estivales qui se sont installées sur le sud de l'Italie ont compliqué cette crise. L'Italie a également reçu mardi un avertissement pour ne s'être pas pliée à un jugement précédent de la CEJ sur la collecte des déchets dans le Latium et ailleurs dans le pays.

Crédibilité en jeu

Silvio Berlusconi a fait de la question des déchets une des priorités de sa campagne électorale. Sa crédibilité est en jeu. Or c'est précisemment la défiance vis à vis des engagements souscrits par les autorités italiennes qui a motivé la décision de la Commission.

Outre les déchets de Campanie, l'avenir d'Alitalia et les déficits publics sont d'autres sujets de contentieux entre la Commission européenne et l'Italie. Ils augurent déjà de relations compliquées avec le futur gouvernement de Silvio Berlusconi.

Alitalia

Concernant le sauvetage d'Alitalia, Silvio Berlusconi s'est opposé à la reprise de la compagnie aérienne par le groupe Air France-KLM, se faisant fort de réunir un groupe d'entrepreneurs italiens.

Lourdement endettée, perdant un million d'euros par jour, Alitalia est au bord du dépôt de bilan. Pour lui éviter le naufrage, les autorités italiennes ont annoncé l'octroi d'un financement de 300 millions d'euros. Mais Bruxelles a mis le holà à ce qui ressemble à une aide d'état.

Des doutes sont également émis sur la «cordée d'entrepreneurs» prêts à s'engager pour sauver la compagnie. «Tout le monde sait que les fantômes n'existent pas», soutient l'économiste italien Andrea Boitani.

Déficits publics

A ces déconvenues s'ajoutent des mises en garde de la Commission sur les déficits publics. L'Italie doit «réduire le poids de la dette publique et améliorer la qualité de ses finances.

Or Silvio Berlusconi a laissé un mauvais souvenir à Bruxelles. Les cinq années de son précédent mandat - 2001-2006 - ont en effet été marquées par une dérive croissante des comptes publics et un bras de fer constant avec Bruxelles.

Le déficit de l'Italie était proche de 4% du PIB en 2006, lorsqu'il a quitté le pouvoir. Romano Prodi, son successeur, est parvenu à redresser la barre, ce qui a été salué par Bruxelles.

Tout cela exaspère Silvio Berlusconi. «Nous avons besoin d'une Europe qui nous aide, pas d'une Europe qui rend les choses plus difficiles», a-t-il lancé.

(ats)

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