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Yverdon-Les-Bains (VD)Décision arbitraire durant un procès public

Un président de tribunal a demandé à une dessinatrice de presse de s'abstenir de croquer les accusés. Inhabituel et contraire à la liberté d'informer.

par
Frédéric Nejad Toulami
L'illustratrice s'était finalement contentée de représenter le procureur présent.

L'illustratrice s'était finalement contentée de représenter le procureur présent.

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«Nous demanderons des éclaircissements car cette décision problématique nous a très surpris». Rédacteur en chef du journal «La Région», Raphaël Pomey a réagi vendredi à une scène insolite au Tribunal correctionnel du Nord-vaudois le lundi 9 décembre. Le président Alban Ballif, a averti les parties au procès de la présence d'une dessinatrice de presse dans la salle. Puis il a demandé aux prévenus s'ils étaient d'accord d'apparaître dessinés dans un article du journal régional. Face aux refus, le magistrat a demandé à l'illustratrice accréditée de s'abstenir. Elle a obtempéré, se contentant de produire une caricature du procureur.

Si les photos sont généralement proscrites des enceintes des tribunaux, il en va tout autrement des dessins de presse, qui font partie de la chronique judiciaire au même titre que le récit d'un journaliste, conformément au principe de la publicité des procès et de la liberté de la presse. «Si le huis-clos n'est pas prononcé, le dessin de presse devrait être autorisé», confirme la porte-parole de l'Ordre judiciaire vaudois, qui dit ne pas pouvoir se déterminer sur les motifs qui ont conduit la Cour du Nord-Vaudois à ce refus.

Interrogé après le verdict qui acquittait les trois accusés, le président Alban Ballif a expliqué que c'était la première fois qu'il avait affaire à un dessinateur lors d'une audience. Vu le contexte délicat de l'affaire, il a préféré agir ainsi, après avoir demandé conseil à un autre président du Tribunal d'Yverdon qui aurait lui aussi déjà censuré un illustrateur par le passé.

Pas de portrait précis

Sous le pseudonyme de Gef, Gilles-Emmanuel Fiaux travaille comme dessinateur lors de procès en Suisse romande pour plusieurs médias depuis de nombreuses années. "Ce qui s'est passé au Tribunal à Yverdon m'interpelle car la pratique de mon métier est acquise. Jamais on ne m'a interdit de travailler tant qu'il n'y a pas de huis-clos." Gef précise qu'il dessine plus des scènes avec les divers protagonistes du procès, plutôt qu'un portrait précis d'un visage.

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