Procès à Genève - Décontracté, Dieudonné assure ne pas être raciste
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Procès à GenèveDécontracté, Dieudonné assure ne pas être raciste

L’humoriste français, accusé d’avoir tenu des propos antisémites lors de spectacles à Nyon et à Genève en 2019, a été jugé lundi. Il encourt une peine pécuniaire de 36’000 francs.

par
Leila Hussein

Dieudonné, qui a demandé l’acquittement, se dit confiant pour le verdict et prévoit de faire appel si la décision n’est pas en sa faveur.

lhu

«En 30 ans, c’est la première fois que l’un de mes personnages se retrouve au Tribunal», s’est étonné Dieudonné M’Bala M’Bala, poursuivi pour avoir tenu des propos jugés antisémites dans son spectacle «En Vérité» en 2019 (lire encadré). «Je ne suis pas raciste, je jouais quelqu’un en plein délire», a affirmé l’humoriste franco-camerounais de 55 ans, lundi à son procès. Sans compter que le texte n’est pas de lui, a plaidé le polémiste.

La défense dénonce une chasse aux sorcières

«C’est bien lui sur scène. Mettre une casquette et un T-shirt ne suffit pas», a rétorqué le Ministère public, pour qui l’intention du prévenu était bien de discriminer les Juifs, en niant l’existence des chambres à gaz lors de la Seconde Guerre mondiale. Il en veut pour preuve qu’aucun élément n’a été donné au public pour lui permettre de «comprendre un sens caché, s’il y en avait un. La phrase a juste été balancée comme ça.» Une provocation dont il a fait son fonds de commerce, malgré les vingt condamnations à son actif en France, a souligné le premier procureur, Stéphane Grodecki, demandant 180 jours-amende à 200 francs, sans sursis. «Il ne faut pas oublier qui est Dieudonné», a-t-il rappelé. L’accusé, lui, a plaidé l’acquittement. Le verdict sera rendu jeudi.

«Tout le problème est là», s’est insurgée la défense: parce qu’il s’agit de Dieudonné, l’homme est coupable avant même d’être jugé. Me Pascal Junod, qui clame que son client ne s’en est jamais personnellement pris aux Juifs, a dénoncé «une chasse aux sorcières, une mise à mort», pointant du doigt le parti pris du Ministère public.

L’humoriste nie être négationniste

«Les chambres à gaz n’ont jamais existé.» C’est notamment cette phrase, prononcée lors de spectacles joués à Nyon et à Genève en 2019, qui a conduit Dieudonné devant la justice pour discrimination raciale. Des paroles exprimées par un personnage dans un avion en plein crash, soit dans un moment de panique, a expliqué l’humoriste, qui nie être négationniste.

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Lundi matin, Dieudonné est arrivé détendu accompagné de son avocat, Me Junod, et de plusieurs supporters.

Lundi matin, Dieudonné est arrivé détendu accompagné de son avocat, Me Junod, et de plusieurs supporters.

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Il s’est présenté en lunettes de soleil, basket et boubou noir décoré d’un écusson vert représentant le continent africain.

Il s’est présenté en lunettes de soleil, basket et boubou noir décoré d’un écusson vert représentant le continent africain.

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Dieudonné, «un propagandiste antijuifs»

Aux yeux de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) et son secrétaire général, qui accusent également le quinquagénaire dinjure et de diffamation, l’humoriste est «un propagandiste antijuif se faisant passer pour la victime dans cette affaire. «Ce procès est celui de l’antisémitisme, et non celui de la liberté d’expression», a martelé leur défenseur, Me Philippe Grumbach. De son côté, le prévenu a réfuté en bloc avoir prononcé la phrase: «Il faut leur dire d’aller se faire enculer à la CICAD.» Mais il affirme déranger ce type d’associations, car il dénonce «leur instrumentalisation de la souffrance des Juifs».

En revanche, ses attaques contre Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD, qu’il aurait traité de menteur, de raciste et de malhonnête, ne seraient qu’un «juste retour de manivelle», selon ses défenseurs. La cible de ses représailles «a une haine viscérale envers moi et s’en prend à moi de manière systématique en m’associant au terrorisme», a relevé Dieudonné. Une déclaration infâme, a scandé l’accusation. «Il cherche à salir mon image et à décrédibiliser mon engagement», s’est attristé Johanne Gurfinkiel.

Dérives en tout genre durant le procès

Difficile pour la présidente du Tribunal de police de faire avancer le débat. Après avoir longuement interrogé un prévenu particulièrement détendu et évasif dans ses réponses, Sabina Mascotto a dû rappeler à l’ordre sa dizaine de fans dans le public, qui s’étaient mis à rire à l’évocation d’une partie de son spectacle. Un appel au calme a également été nécessaire lorsqu’une ancienne affaire impliquant l’accusé a resurgi. Enfin, il a fallu recentrer les discussions des avocats, car «les propos étaient hors sujet».

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