Découverte archéologique exceptionnelle dans le lit de la Loire

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Dans le plus grand fleuve de France, la sécheresse a permis de mettre au jour des bateaux et des pêcheries dans un excellent état. D’autant plus remarquable que certains datent du XIIe siècle.

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Près de l’île Coton, une dizaine d’épaves de bateaux des XVIIe et XVIIIe siècles, dans un état de conservation exemplaire, viennent d’être exhumées.

Près de l’île Coton, une dizaine d’épaves de bateaux des XVIIe et XVIIIe siècles, dans un état de conservation exemplaire, viennent d’être exhumées.

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Longues d’environ 14 mètres, elles sont déblayées pierre après pierre par les archéologues, qui doivent à la fois pomper l’eau remontant du sol et arroser le bois, pour éviter qu’il ne se détériore en séchant.

Longues d’environ 14 mètres, elles sont déblayées pierre après pierre par les archéologues, qui doivent à la fois pomper l’eau remontant du sol et arroser le bois, pour éviter qu’il ne se détériore en séchant.

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Trois pêcheries fixes du XIIe siècle, faites de pierres et de pieux en bois, ont aussi été découvertes.

Trois pêcheries fixes du XIIe siècle, faites de pierres et de pieux en bois, ont aussi été découvertes.

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Des épaves du XVIIe siècle et des pêcheries du XIIe siècle dans un état de conservation «exemplaire» ont été mises au jour sur les berges sableuses de la Loire, près d’Ancenis – dans le département de la Loire-Atlantique – signe selon les archéologues d’une activité intense autour du plus grand fleuve de France. «C’est extraordinaire et exceptionnel de découvrir des vestiges d’une telle qualité dans un espace si restreint», s’enthousiasme Anne Hoyau-Berry, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP).

Peau burinée par le soleil et pantalon beige de chantier, cette archéologue travaille depuis le 16 août sur l’un des trois sites de fouilles déployés au bord de la Loire. Submergées par les eaux une grande partie de l’année, l’île Coton, l’île Poulas et l’île aux Moines sont devenues le théâtre de découvertes inédites.

Près de l’île Coton, une dizaine d’épaves de bateaux des XVIIe et XVIIIe siècles, dans un état de conservation exemplaire, viennent d’être exhumées. Fait rare et notable, ces embarcations, qui portent des traces d’usure, ont été sciemment remplies de pierres et installées sur le flanc, pour créer deux enrochements de plus de 40 mètres de long.

Pierre par pierre

«La première hypothèse, c’est qu’il s’agissait de digues permettant de protéger la pointe de l’île Coton», explique Anne Hoyau-Berry. «Mais la découverte d’un troisième enrochement perpendiculaire nous fait pencher vers l’aménagement d’un port ou une volonté d’acheminer de l’eau à cet endroit précis.»

Ces barges à fond plat sont caractéristiques des bateaux de charge de l’époque, qui transportaient des matières premières (bois, pierres, ardoises, sable), du sel ou du vin. Longues d’environ quatorze mètres, elles sont déblayées pierre après pierre par les archéologues, qui doivent à la fois pomper l’eau remontant du sol et arroser le bois, pour éviter qu’il ne se détériore en séchant. Et c’est désormais une «course contre la montre avant le retour de l’eau» qui s’engage pour les scientifiques, commente Denis Fillon, délégué à la direction de l’INRAP dans les Pays-de-la-Loire et responsable scientifique des sites. Le chantier prendra fin en octobre, avec l’arrivée des crues.

À cette époque, la Loire était «comme une autoroute!»

En amont, sur l’île Poulas, ce sont trois pêcheries fixes du XIIe siècle, faites de pierres et de pieux en bois, qui ont été découvertes. Disposées en «W», elles servaient à capturer les poissons qui remontent le courant (saumons) comme ceux qui le descendent (anguilles). Appartenant aux seigneurs et ecclésiastiques locaux, elles permettaient de respecter les 150 «jours maigres» par an imposés par l’Église à l’époque. Des traces d’accueil de moulins-bateaux ont également été mises au jour, signe de la densité des activités fluviales.

«Il faut imaginer la Loire à cette époque comme une autoroute, où l’on pêchait et transportait des marchandises», décrit Denis Fillon. «On est loin de l’image du fleuve sauvage!»

Traces des outils encore visibles

Plusieurs échantillons de bois (sans doute du chêne) ont été prélevés pour définir les essences utilisées, les forêts dont elles proviennent et même le chantier naval d’origine des bateaux. «Ils sont tellement bien conservés que l’on peut encore observer les traces des outils de façonnage», reprend Anne Hoyau-Berry. Dans les prochains jours, les archéologues effectueront des fouilles subaquatiques, pour regarder de plus près les fondations des enrochements.

Redonner une image naturelle au fleuve

Ces chantiers archéologiques mobilisant 33 scientifiques, au budget de 1,6 million d’euros, interviennent dans le cadre d’un vaste programme de rééquilibrage du lit de la Loire, conduit par Voies navigables de France (VNF), entre Les Ponts-de-Cé et Nantes. Les travaux prévus par VNF devraient démarrer l’année prochaine. «L’objectif est de redonner une dynamique plus naturelle au fleuve, qui a été très aménagé aux XIXe et XXe siècles», explique Séverine Gagnol, cheffe de l’unité Loire chez VNF.

(AFP)

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