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Ile de PâquesDécouvrez le haka honu, le surf... sans planche

La Tapati, grand festival culturel de l'Ile de Pâques, attire chaque années des milliers d'indigènes et de touristes. Un des évènements phare: le haka honu, le surf sans planche.

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Lors de la Tapati, grand festival culturel de l'Ile de Pâques, les athlètes s'affrontent dans l'écume. A cent mètres du rivage, ils attendent la bonne vague, qui peut s'élever jusqu'à deux mètres. Les meilleurs glissent jusqu'à la plage, en se relançant par un mouvement de papillon quand la vague les dépasse.

Lors de la Tapati, grand festival culturel de l'Ile de Pâques, les athlètes s'affrontent dans l'écume. A cent mètres du rivage, ils attendent la bonne vague, qui peut s'élever jusqu'à deux mètres. Les meilleurs glissent jusqu'à la plage, en se relançant par un mouvement de papillon quand la vague les dépasse.

AFP/Gregory Boissy
Chaque année, le festival accueille des centaines de locaux et de touristes. Tous les soirs de la Tapati, pendant deux semaines, le village vibre jusqu'à deux heures du matin.

Chaque année, le festival accueille des centaines de locaux et de touristes. Tous les soirs de la Tapati, pendant deux semaines, le village vibre jusqu'à deux heures du matin.

AFP/Gregory Boissy
AFP/Gregory Boissy

Un chant s'élève de la plage de Hanga Roa, l'unique village de l'Île de Pâques : au pied d'un moai, vingt athlètes presque nus prient avant de se jeter à la mer. Ce jour-là, à Rapa Nui, le nom polynésien de l'Île de Pâques, ils vont s'affronter dans l'écume.

C'est le haka honu : le surf... sans planche. A cent mètres du rivage, ces athlètes attendent la bonne vague, qui peut s'élever jusqu'à deux mètres. Les meilleurs glissent jusqu'à la plage, en se relançant par un mouvement de papillon quand la vague les dépasse, devant plusieurs centaines de Pascuans et de touristes qui les acclament. Plus ils surfent loin, plus ils apportent de points à leur champion, l'un des deux hommes qui sera nommé aito (guerrier, ou athlète) de Rapa Nui pour l'année. C'est la Tapati, le grand festival culturel de l'Île de Pâques.

Déjà, les athlètes sortent de l'eau, et sont aussitôt assaillis par les touristes chiliennes, françaises, allemandes ou russes qui veulent poser auprès de ces hommes musclés, le corps peint de rouge ou d'ocre, habillés d'un simple string végétal.

Une juge-arbitre repousse une tortue marine égarée au milieu des surfeurs, puis autorise les adolescents à se jeter à l'eau. Eux surfent sur des fagots de totora, un roseau local.

Ils chantent plus de trois heures

La veille, ils galopaient sur une piste aride : à la Tapati, il y a des épreuves tous les jours. Et les Rapa Nui (les habitants portent le nom de leur île) sont aussi à l'aise à cheval que dans l'eau. A cru, ils ont soulevé des nuages de terre sèche sous un soleil écrasant. C'est Santiago, un gamin de douze ans, qui s'est imposé dans la course la plus prestigieuse, la dernière. Ce soir, toute l'île converge à Hanga Vare Vare, la grande scène de spectacle de la Tapati. Soixante chanteurs d'un côté, soixante de l'autre. Chaque groupe doit enchaîner deux chansons, puis laisser la place à l'autre. Le premier groupe qui se trompe a perdu. Mais personne ne se trompe jamais, et le répertoire est si vaste qu'ils vont chanter plus de trois heures, et les juges déterminent le vainqueur. Ce soir, les chanteurs de Meamea, l'un des deux candidats au titre de Aito Rapa Nui, l'emportent sur ceux de Terai.

Tous les soirs de la Tapati, pendant deux semaines, le village vibre jusqu'à deux heures du matin. Concours de peintures sur corps, de costumes traditionnels à base de plumes et de coquillages, mais aussi grandioses chorégraphies de troupes d'une centaine de danseurs : le festival culturel est suivi par les quelque 8000 habitants du village, et plusieurs milliers de touristes. Dès le lendemain matin, les pêcheurs sous-marins se mesurent sous l'eau, armés d'une simple pique. Ils peuvent descendre jusqu'à 30 mètres de profondeur, le long du récif. Avec leur arme rudimentaire, ils attrapent surtout des petits poissons, des rougets ou des perroquets. Mais les meilleurs enfilent une vingtaine de prises sur leur crochet, pour un poids total de près de dix kilos.

Triathlon traditionnel

La Tapati, ce sont aussi des épreuves inspirées de la culture latine, car l'Île de Pâques est une terre chilienne. Les vieux s'affrontent lors de concours d'accordéon, tandis que les jeunes se mesurent au tango... avant de retrouver leur âme polynésienne, et d'enflammer la scène de Hanga Vare Vare par des chorégraphies lascives ou survoltées, au son des pahu et des toere, des percussions qu'on retrouve dans toute la Polynésie.

L'épreuve la plus prestigieuse a lieu le jour : c'est le triathlon traditionnel, au Rano Raraku, le volcan où étaient taillés les Moai. Certains de ces géants de pierre ont atteint leur destination, le rivage. Mais beaucoup sont tombés en chemin, et ne se sont jamais relevés. Au fond de ce cratère, un lac. Sur ses berges gisent les statues séculaires, dans toutes les positions. Et une fois par an, les meilleurs athlètes de Rapa Nui s'affrontent en ramant sur des pirogues constituées de 1500 roseaux, puis en courant parmi les Moai, et enfin à la nage, sous les vivats d'une population en transe. C'est la Tapati, la renaissance d'une île qui a connu tour à tour les guerres tribales, les déportations, la colonisation et même l'esclavage.

(afp)

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