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Golfe du MexiqueDeepwater Horizon: le forage en mer reste décrié

Un incendie se déclarait il y a 10 ans sur la plateforme du groupe BP. L'accident provoque alors la pire marée noire de l'Histoire des USA. Dix ans après, les forages existent toujours.

L'incendie de la plateforme pétrolière au large de la Louisiane crée un choc aux Etats-Unis en 2010.

Le 20 avril 2010, l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, opérée par BP dans le Golfe du Mexique, coûtait la vie à 11 employés et provoquait une marée noire de plus de 750 millions de litres de pétrole. Une décennie plus tard, le forage en eaux profondes reste une pratique répandue aux Etats-Unis, mais fait l'objet de controverses.

17% du brut américain

S'il existe des plate-formes pétrolières en Alaska ou en Californie, l'immense majorité (près de 1900) se situent dans le Golfe du Mexique, au large des côtes de la Floride, de l'Alabama, du Mississippi, de la Louisiane et du Texas. Environ 17% du pétrole brut et 5% du gaz naturel des Etats-Unis sont extraits dans cette zone maritime, selon l'Agence américaine d'information sur l'Energie (EIA).

Les plate-formes pétrolières, qui n'ont cessé d'augmenter leur productivité grâce aux avancées technologiques, ont longtemps été considérées comme le moyen le plus rentable pour les Etats-Unis d'assurer leur indépendance énergétique.

«Deepwater forait plus profondément que n'importe quel autre puits à l'époque, c'était l'équivalent des premiers pas de l'Homme sur la Lune», se souvient Phil Flynn, analyste énergie chez Price Futures Group.

L'attrait pour le forage en eaux profondes s'est toutefois tari ces dernières années, les nouvelles techniques de fracturation hydraulique permettant aux Etats-Unis de produire du pétrole de schiste en masse et à des coûts modestes.

Mesures plus strictes

Après la catastrophe Deepwater Horizon, le gouvernement américain a renforcé les règles entourant le forage en haute-mer. Dès 2011, l'administration Obama a créé le Bureau pour la sécurité et l'application des normes environnementales (BSEE), séparant ses activités de celles relatives à la promotion de l'industrie pétrolière, jusqu'alors gérées par la même autorité. Les entreprises ont également été tenues de fournir d'avantage de garanties sur la gestion des risques liés à l'exploitation des gisements sous-marins.

De leur côté, les majors pétrolières ont développé des systèmes de protection plus efficaces et des outils capables de contenir plus rapidement les explosions. En 2010, la fuite avait duré près de trois mois.

BP a versé des dizaines de milliards de dollars pour nettoyer la marée noire, régler les différends judiciaires, compenser les entreprises ayant subi le contrecoup économique du désastre et contribuer aux efforts de restauration écologique.

Selon Donald Boesch, ancien membre de la commission mise sur pied par Barack Obama pour identifier les causes de l'accident, «toutes les autres compagnies ont beaucoup appris de la terrible expérience de BP et ont amélioré leur système de fonctionnement interne.» «Certaines ont pris des mesures plus poussées et consacré plus d'efforts que d'autres», précise M. Boesch, professeur en sciences de la mer à l'université du Maryland.

Dérégulation sous Trump

La volonté de Donald Trump de faire des Etats-Unis le premier producteur mondial d'or noir, un objectif atteint début 2018, a conduit à un assouplissement des mesures d'encadrement. L'administration Trump s'est montrée «plus favorable à la croissance de la production américaine et à la dérégulation», explique M. Boesch.

En janvier 2018, la Maison Blanche a annoncé son intention d'ouvrir la quasi-totalité des eaux côtières américaines à l'exploitation de pétrole et du gaz, une décision qui a suscité l'opposition de plusieurs Etats et fait l'objet de batailles judiciaires toujours en cours.

«Au lieu de tirer les leçons du désastre BP, le président Trump propose d'élargir radicalement le forage en mer tout en démantelant les quelques protections mises en place suite à l'explosion catastrophique» d'avril 2010, se désole Diane Hoskins, directrice de campagne d'Oceana.

Nouveau désastre probable

L'organisation de lutte pour la protection des océans a publié mardi un rapport sur les conséquences économiques et écologiques de l'accident Deepwater, concluant qu'un nouveau désastre était plus probable aujourd'hui qu'il y a 10 ans.

La sécurité des plate-formes et le contrôle gouvernemental «ne se sont pas améliorés et l'extension de l'industrie vers de nouvelles zones met en danger la santé humaine et l'environnement», écrit l'ONG.

La crise actuelle que traverse l'industrie pétrolière américaine, qui subit de plein fouet les conséquences de la faible consommation et de la chute des prix de l'or noir, en pleine pandémie de coronavirus, inquiète aussi certains spécialistes.

«Si les entreprises ont des difficultés financières, elles doivent limiter leurs dépenses en réduisant leur nombre d'employés, ce qui fait peser un risque», explique Donald Boesch. «Cela s'est produit avant l'accident Deepwater. Il y avait des retards dans le forage et le désir de terminer rapidement a affecté les décisions», rappelle-t-il, avouant craindre qu'une telle situation ne se reproduise. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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