Actualisé 04.09.2019 à 11:24

Riviera vaudoiseDéfigurées par des piqûres d'un soin censé les rajeunir

Une esthéticienne a fait des injections non autorisées d'acide hyaluronique. Menacées, les victimes n'osent pas porter plainte.

de
Frédéric Nejad Toulami
Deux clientes ont posté cela dans un groupe Facebook,

Deux clientes ont posté cela dans un groupe Facebook,

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«Cela fait deux mois que je ne sors pas.» «Elle refuse de communiquer la marque du produit utilisé.» Des clientes, et leurs amies, d'une esthéticienne de la Riviera vaudoise ont partagé photos et témoignages inquiétants de piqûres réalisées sur leurs visages avec des effets secondaires inquiétants. Mais les victimes n'osent pas porter plainte. Certaines en raison de menaces de cette dame et de son supposé mari. Nous avons vu une capture écran d'un message envoyé où l'individu fait référence à la mort.

«C'est catastrophique!»

«Je constate que ces injections sont mal réalisées. C'est catastrophique. Ces boules vont durer de longs mois avant de disparaître.» Ainsi réagit un médecin dermatologue FMH, à Montreux, en découvrant les photos de victimes. Avant de rappeler que «même avec un CFC, une esthéticienne n'est pas habilitée à faire des piqûres». Il regrette la zone grise qui perdure et la mollesse des autorités habilitées à intervenir, voire sanctionner.

Pour le chef de la police vaudoise du commerce, Albert von Braun, ça concerne le domaine sanitaire: «Il s'agit-là d'autorisations d'utiliser des substances thérapeutiques ou médicales. Les prestations d'esthétique ne sont pas soumises à un régime d'autorisation relevant de notre compétence et échappent dès lors complètement au spectre de contrôle de la police du commerce.» Il estime que les effets subis par ces interventions, ainsi que les menaces évoquées pourraient justifier le dépôt d'une plainte pénale de la part des victimes, voire une action en responsabilité civile.

Activité illégale selon l'Office du médecin cantonal

Quant à l'Office du médecin vaudois, il explique que «les médecins cantonaux n'ont pas la responsabilité, ni les moyens de suivre les ventes» de ces produits, «Non seulement ils peuvent être achetés par tout un chacun sur internet pour en faire usage sur d'autres personnes, sans être des professionnel de la santé, mais en plus, les produits eux-mêmes provenant de l'étranger, par exemple d'Asie, peuvent contenir des substances dangereuses.»

Le médecin cantonal et le pharmacien cantonal annoncent vouloir enjoindre cette dame à cesser son activité en lui indiquant qu'elle est illégale: «Elle ferait l'objet d'une dénonciation si elle se poursuivait. Les privés qui injectent de l'acide hyaluronique sans autorisation de pratiquer sont passibles d'une peine de prison de 3 ans.»

Malgré des tentatives par téléphone ou sur place, nous ne sommes pas parvenus à contacter cette praticienne litigieuse.

Usage interdit aux non-professionnels de la santé

Selon les recommandations de l'autorités fédérale de surveillance et d'autorisation, SwissMedic,les produits relevant du médical ne sont pas censés être vendus à n'importe qui. Il est cependant constaté que tout s'achète sur internet sans en connaître bien la qualité et l'origine, regrettent des professionnels. Quant à l'acide hyaluronique, son usage est interdit par des non-professionnels de la santé lorsque l'utilisation prévue de ce produit est une injection. Pour la Pharmacienne cantonale vaudoise, la législation fédérale implique des problèmes de contrôles aux Cantons, qui vont en augmentant au même rythme que le marché des ventes sur internet.

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