Soulèvement en Egypte: Déjà 5000 personnes au centre du Caire
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Soulèvement en EgypteDéjà 5000 personnes au centre du Caire

L'armée a estimé les revendications du peuple «légitimes» tandis que des marches de plus d'un million de personnes sont organisées dans plusieurs villes.

Plus de 5000 personnes étaient déjà rassemblées mardi tôt dans la matinée dans le centre du Caire, a constaté un journaliste de l'AFP. Elles vont prendre part à une manifestation géante contre le président égyptien Hosni Moubarak prévue dans la journée.

Les manifestants lançaient des slogans comme «Dehors Moubarak», et brandissaient des affiches représentant le président pendu, ou sa photo avec la mention «ta tête va tomber».

De nombreux manifestants ont passé la nuit sur la grande place Tahrir (place de la Libération), épicentre du mouvement, et mardi matin, pour cette journée baptisée «marche du million» de personnes, ils étaient déjà 5.000 dès 08H00 (06H00 GMT), à la fin du couvre-feu en vigueur dans la capitale, à Suez et à Alexandrie.

Une autre manifestation géante était prévue à Alexandrie -la deuxième ville d'Egypte, sur la Méditerranée- pour contourner l'interruption du trafic ferroviaire décidée lundi par les autorités.

«Les revendications de la révolte populaire: le départ immédiat de Moubarak, son jugement, le jugement de Habib el-Adli (ancien ministre de l'Intérieur), mise en place d'une commission pour changer la Constitution, formation d'un gouvernement de salut national provisoire, dissolution du Parlement», proclamait une pancarte accrochée sur la place Tahrir.

Des hélicoptères survolent régulièrement le centre du Caire, et l'armée contrôle de nombreux accès au centre ville.

Aide du FMI et appel des ONG à Moubarak

Mardi matin, le Fonds monétaire international (FMI) s'est dit prêt à aider l'Egypte à reconstruire son économie. «Le FMI est prêt à aider à concevoir le type de politique économique qui pourrait être mise en place», a déclaré son directeur, Dominique Strauss-Kahn.

Au Caire, 50 organisations égyptiennes de défense des droits l'Homme ont appelé dans un communiqué le président Moubarak à «se retirer» du pouvoir pour «éviter un bain de sang».

Lundi, des dizaines de milliers avaient manifesté sans relâche sur la place Tahrir, venus en famille ou en groupes dans une ambiance de kermesse pour exiger la fin de la corruption, des privations et de la répression policière.

L'armée restera neutre

L'armée s'est engagée à ne pas faire usage de la force, à la veille de marches géantes marquant une semaine de révolte sans précédent contre le régime. Pour aider les Egyptiens à rester connectés, Google a coopéré avec Twitter.

Comme chaque jour depuis le 25 janvier, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté sans relâche lundi au Caire et dans plusieurs villes du pays pour réclamer le départ du chef de l'Etat, Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981.

Dans la soirée, le vice-président Omar Souleimane a annoncé avoir été chargé par le président d'ouvrir un dialogue immédiat avec l'opposition, «autour de toutes les questions liées aux réformes constitutionnelles et législatives».

M. Moubarak a annoncé dans la journée la composition du nouveau gouvernement. Le ministre de l'Intérieur Habib el-Adli, dont les manifestants réclamaient le départ, a été remplacé par un haut responsable de la police, Mahmoud Wagdi. Il n'y a plus de ministre issu du monde des affaires, considéré comme proche de Gamal Moubarak, fils de Hosni lui aussi conspué par les manifestants.

Cabinet rejeté

Les Frères musulmans, force d'opposition la plus influente du pays, ont rejeté le cabinet, appelant à «des manifestations massives partout en Egypte afin que tout le régime - président, parti, ministres et Parlement - quitte le pouvoir».

Dans un communiqué officiel adressé en début de soirée au «grand peuple d'Egypte», l'armée a jugé «légitimes» ses revendications et assuré qu'elle n'aurait pas recours «pas à l'usage de la force contre le peuple égyptien».

Le mouvement de contestation avait lancé plus tôt un appel à la grève générale et à des «marches d'un million» de personnes mardi au Caire et à Alexandrie (nord).

Messages téléphoniques

Pour diffuser leur message, les manifestants comptaient sur le bouche-à-oreille, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé.

Le dernier fournisseur d'accès à internet qui fonctionnait encore en Egypte, Noor, a été bloqué lundi. Pour aider les Egyptiens «à rester connectés», Google a annoncé avoir coopéré avec Twitter pour mettre en place un système leur permettant d'envoyer des messages sur le site de microblogs par téléphone, sans avoir besoin de connexion internet.

La Maison Blanche a appelé au calme avant les marches géantes prévues. Le département d'Etat américain a annoncé qu'un ancien ambassadeur américain en Egypte, Frank Wisner, était au Caire où il devait rencontrer des dirigeants.

Le secrétaire général de l'Opep, Abdallah El-Badri, a estimé que les tensions en Egypte pourraient affecter le passage stratégique du canal de Suez et générer une «pénurie» de pétrole.capacité». (ats)

Analyse: Pris de court, Washington cherche un équilibre

La révolte égyptienne a pris de court l'administration américaine. Celle-ci se trouve désormais face à l'obligation d'un arbitrage entre ses intérêts stratégiques au Proche-Orient et son souhait d'une réforme politique dans la région. Barack Obama et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton ont tous deux été critiqués pour leur lenteur à prendre la mesure des bouleversements qui se déroulent en Egypte, où des milliers de personnes exigent depuis une semaine le départ d'Hosni Moubarak.

Mme Clinton s'est vu raillée pour sa première réaction, jugeant que le gouvernement était «stable» face à la contestation visant le président égyptien, un vieil et fidèle allié des Etats-Unis, au pouvoir depuis 30 ans.

Lâcher Moubarak?

Depuis, la cheffe de la diplomatie s'est placée sur une ligne nettement plus critique fixée par le président Obama, qui a souhaité ce weekend une «transition ordonnée» en Egypte.

Cette déclaration de l'hôte de la Maison blanche a été interprétée comme un signe que Washington envisageait de lâcher Moubarak et que les jours de ce dernier au pouvoir étaient comptés.

Discours du Caire

Certains observateurs politiques ont fait un parallèle embarrassant entre cette prudente réponse américaine aux événements actuels et la promesse faite par Obama, lors d'un discours au Caire en 2009, d'oeuvrer à une plus grande liberté dans le monde musulman.

«Les Etats-Unis doivent rompre avec Moubarak maintenant», estimait le Washington Post dans un éditorial, samedi. Une demande qui a toutes les chances d'être mal perçue en Jordanie et en Arabie saoudite, autres alliés américains dans la région.

La vitesse à laquelle se déroulent les événements place l'administration Obama dans une situation délicate: tenter d'encourager les réformes sans imposer son avenir à l'Egypte.

Menace islamiste

«Personne ne sait quel régime va s'installer au pouvoir une fois que tout cela sera terminé. Il n'y a simplement aucun moyen de savoir comment cela va tourner», explique Anthony Cordesman spécialiste des questions de sécurité nationale au Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington.

Selon lui, les appels en faveur d'une intervention plus large des Etats-Unis sont irréalistes.

Fidèle soutien des Américains, Moubarak a souvent avancé l'argument de la menace islamiste pour justifier son maintien à la tête de l'Egypte pendant trois décennies. Le pays est l'un de deux Etats arabes à avoir signé une paix avec Israël et il est souvent perçu comme un contre-poids à l'influence de l'Iran dans la région.

Influence relative

Malgré cette importance stratégique, Washington ne dispose que d'une influence relative sur Le Caire. Environ 1,3 milliard de dollars d'aide militaire sont fournis chaque année mais cela ne représente plus qu'un pour cent du PIB égyptien contre 20% en 1980.

«Il existe une relation profonde et étendue, mais je ne pense pas que cela crée une forme de dépendance», explique Jon Alterman, directeur du programme sur le Proche-Orient au CSIS.

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