Automobilisme: Delétraz: «J'aurais pu être à sa place»
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AutomobilismeDelétraz: «J'aurais pu être à sa place»

Le Genevois avait terminé deuxième derrière Anthoine Hubert à Monaco. Témoignage poignant du Genevois après le drame de samedi à Spa-Francorchamps.

par
Christian Maillard
Cette saison à Monaco, Louis Delétraz avait terminé deuxième juste derrière Anthoine Hubert.

Cette saison à Monaco, Louis Delétraz avait terminé deuxième juste derrière Anthoine Hubert.

DR

C'est vrai qu'il aurait pu se retrouver à cet endroit, à sa place, mais le destin en a décidé autrement. Comme si ce n'était pas son heure...

Louis Delétraz, qui dispute le saison de Formule 2, avait même été à côté de lui, à Monaco, sur le podium. Le Genevois, interrogé par Fabrice Jaton à la RTS, revient sur le drame de son copain, Anthoine Hubert, décédé samedi sur le circuit de Spa-Francorchamps. Un témoignage touchant.

Louis, pouvez-vous nous dire ce qui s'est vraiment passé samedi sur le circuit?

Dans le raidillon, où on trouve un des virages les plus rapides du circuit, une voiture a crevé. J'étais avec eux quand ça a tapé. Il y avait pas mal de débris sur la piste. Anthoine, voyant la scène, a essayé d'éviter le choc et a rebondi sur le mur de pneus, au milieu de la piste. Sa voiture, déjà démolie à ce moment-là, s'est, du coup, arrêtée. Et là, quelqu'un (le malheureux Correa qui se trouve aux soins intensifs, les jambes fracturées) l'a percuté de plein fouet à 250km/h. Le choc a été fatal.

Quand on revoit ces images, on se dit qu'il avait aucune chance de s'en sortir: le choc était si violent, même avec les cellules de survie...

N'importe quelle voiture n'aurait pas résisté. Après il y a toujours des questions qui se posent. Mais là, un choc pareil, je n'avais jamais vu ça et j'espère bien ne plus jamais revoir de telles images.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes estimaient qu'il fallait disputer ce Grand-Prix de F1 ce dimanche, parce que les pilotes connaissent les risques qu'ils prennent. C'était aussi votre sentiment?

La course de Formule 2 a été annulée, par respect et c'est totalement logique. Après, chacun a son opinion. Qu'on courre ou pas, cela se respecte. Je pense qu'il fallait que cette course de F1 ait lieu. C'était le rêve d'Anthoine, comme à nous tous. Lui aurait voulu qu'elle se dispute.

Il y a eu beaucoup de tristesse ce dimanche que ce soit des pilotes de F1 et surtout de F2. Vous qui le connaissiez bien, qu'est-ce qui se passe dans votre tête?

C'est forcément très douloureux car on oublie que ce sport est notre passion. Depuis l'accident de Bianchi en 2014, les gens pensaient qu'un tel accident ce n'était plus possible. C'est la première fois que je perds un collègue et je me dis que j'aurais pu être à sa place. Je me trouvais au même endroit, à peine devant lui, quand le choc s'est produit. Alors oui, on se pose beaucoup de questions. Anthoine était quelqu'un avec lequel j'ai gravi les échelons de la Formule 4 à la Formule 2. On se connaissait depuis longtemps. Vingt minutes avant la course, j'étais avec lui, on rigolait avec sa famille. On passait du bon temps et c'était la dernière fois.

On l'a vu lors de la minute de silence et de l'hommage rendu à Anthoine Hubert devant sa mère, son frère. Il y avait beaucoup d'émotions. On imagine que parfois, vous vous mettez à la place de votre père, de votre famille, des gens qu'on connaît. L'angoisse des proches vous y pensez?

C'est déjà quelque chose d'affreux pour moi et pour les autres pilotes de F2, alors je n'ose même pas imaginer la tristesse de la famille, de personnes que je connais. Heureusement que cela arrive très rarement. Mais Lewis Hamilton a dit quelque chose de magnifique: que le sport reste dangereux et que ceux qui pensent qu'on fait ça pour s'amuser se trompent. On met systématiquement notre vie en danger, la preuve...

Vous étiez proche d'Anthoine Hubert et même ensemble sur le podium cette saison à Monaco...

Oui, il avait gagné la course pour quelques millièmes seulement. Et si j'étais frustré de ma deuxième place, j'étais heureux pour lui. Cette bataille avait été fantastique et restera encore très longtemps dans ma mémoire.

Va-t-il vous falloir du temps pour vous remettre d'un tel choc?

Du temps, c'est certain car cela ne s'oublie pas facilement. La semaine prochaine nous serons à Monza car cette course il faut la faire. Il faut rouler et avancer en pensant à lui. Il faut disputer cette course pour lui et vivre notre passion ensemble pour lui. C'est mon avis.

Et essayer de ne pas avoir peur?

Ca, c'est en tête mais cela n'empêche pas de me dire que j'aime ça. Mais heureusement que les choses arrivent rarement. Et j'espère bien que cela n'arrivera plus.

Qu'allez-vous faire dans les prochaines heures?

Je vais rentrer chez moi et aller de l'avant. Et préparer la prochaine course pour lui qui restera toujours dans ma mémoire.

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