Délit de sale gueule mis k.-o.

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Délit de sale gueule mis k.-o.

Interdire l'entrée d'une disco à un jeune des Balkans, c'est bien du racisme, estime la justice.

«Je suis soulagé», confie Bafti Zeqiri. Le 23 juin, la Haute Cour soleuroise a donné raison à cet Albanais du Kosovo de 28 ans, né à Olten (SO), contre le procureur du canton. Ce dernier avait annoncé en mars dernier le rejet de la plainte du jeune homme, déposée en 2004, pour discrimination raciale à l'entrée d'une discothèque. «Les personnes des Etats des Balkans sont interdites d'entrée», lui avaient sans autre asséné deux videurs.

Pour le procureur, les peuples des Balkans ne sont pas assimilables à une ethnie ou à une religion, et donc l'article antiraciste 261 bis du Code pénal ne s'applique pas. Faux, répond la Haute Cour, qui oblige le magistrat à rouvrir l'enquête, faisant suite à un recours de Bafti. Interpellé par un parlementaire, le conseiller fédéral Pascal Couchepin avait lui-même déclaré à la mi-juin qu'une telle interdiction tombait, «à son avis», sous le coup du Code pénal.

Pour Bafti, il est urgent que toutes les autorités prennent conscience du problème. «La situation est très difficile en Suisse alémanique, a-t-il confié à «20 minutes». Jeunes des Balkans, Turcs, Africains, nous sommes tout le temps victimes du délit de sale gueule.» Les jeunes qui, comme lui, ont grandi en Suisse vivent ces brimades comme une injustice aiguë, explique-t-il. «Par peur, ils taisent leur révolte, mais, un jour, cela risque d'exploser d'une manière ou d'une autre», avertit le jeune homme.

Emmanuelle Robert

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