Actualisé 17.03.2016 à 09:50

VaudDélogés après quatre ans planqués dans une yourte

Un couple s'était bâti illégalement un foyer sauvage à l'abri des regards, en lisière de forêt. Débusqué par hasard, il doit s'en aller.

von
Francesco Brienza

«Quand j'ai appris ça, je suis tombé des nues!» Municipal de l'aménagement du territoire et des bâtiments à Lutry (VD), Pierre-Alexandre Schlaeppi a eu du mal à avaler qu'un couple vivait en toute discrétion sous une yourte mongole en lisière de forêt depuis... quatre ans et demi. Equipée d'un poêle à bois et auto-suffisante en énergie, l'installation n'en est pas moins illégale. (lire ci-contre).

C'est un garde-forestier qui est tombé par hasard, à la mi-février, sur cette habitation bucolique au bord d'un cours d'eau. «Ce cas est tout à fait rare», précise Jean-François Métraux, directeur de l'inspection vaudoise des forêts. Dénoncé aux autorités communales, le couple risque de devoir lever le camp d'ici avril prochain, quand bien même il n'a jamais attiré l'attention de qui que ce soit jusque là. Une instruction est en cours. La Municipalité va discuter du cas prochainement. «Ces gens sont fort sympathiques, concède Pierre-Alexandre Schlaeppi. Mais on ne peut pas couvrir l'illégalité.»

Comment la structure de 27 m2 et 3m50 de haut a-t-elle pu passer inaperçu durant tout ce temps? «Nous n'avons pas de radar qui balaie tout le territoire, justifie Pierre-Alexandre Schlaeppi. Cette parcelle est à l'abri des regards, dans un cul-de-sac. Et a priori, il n'y pas de raison d'aller fouiner partout.» Ce d'autant que le couple a ses papiers en règle au contrôle des habitants: il loue une chambre chez un privé et dispose donc d'une adresse valable. L'inspection vaudoise des forêts abonde: «Il y a 125'000 hectares de bois dans le canton, note Jean-François Métraux. On ne peut pas savoir ce qui se passe derrière chaque buisson. Mais nous sommes très stricts avec les constructions en forêt afin d'éviter de les voir fleurir.»

«Une dimension quasi existentielle»

Professeur de sociologie urbaine à l'EPFL, Luca Pattaroni explique le succès de la vie en yourte par la quête de ralentissement à laquelle aspire notre société. «Tout va toujours plus vite, analyse-t-il. Les burn-out augmentent. Les gens recherchent la rupture.» Selon lui, ce mode de vie attire aussi par son côté vert: «Dans une yourte, on diminue son empreinte écologique, on maîtrise son environnement. Il y a une dimension quasi existentielle.»

Situation illégale à plus d'un égard

Les habitants de cette yourte sont en triple irrégularité. Primo, la loi interdit «toute construction en forêt et dans un périmètre de 10 m de la lisière», rappelle Jean-François Métraux. Parallèlement, le logement a été implanté hors zone à bâtir. Enfin, même si le terrain avait été constructible, la commune n'a pas été sollicitée. Or, toute construction habitable doit suivre un processus de mise à l'enquête publique et obtenir l'aval des autorités locales.

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