Démission du directeur général de l'Inserm Christian Bréchot

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Démission du directeur général de l'Inserm Christian Bréchot

Le directeur général de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale Christian Bréchot a démissionné lundi de son poste, ont annoncé l'Inserm et le ministère de la Recherche.

«Pour des raisons personnelles, je souhaite évoluer», a précisé le Professeur Bréchot à l'Associated Press par téléphone, estimant avoir un «bon bilan» après sept ans passés à la tête de l'établissement public et jugeant «important pour un directeur» qui «a toujours prôné la mobilité à ses chercheurs de se l'appliquer également à soi-même».

Mais Christian Bréchot, nommé directeur général de l'Inserm en février 2001, souhaite aussi, selon un communiqué de l'organisme de recherche, «pouvoir traiter librement le dossier l'opposant à» la société de biotechnologie Metagenex.

Metagenex s'est lancée dans la commercialisation d'un test de dépistage précoce des cancers, à partir de travaux de Patrizia Paterlini-Bréchot, directrice d'une unité de recherche de l'Inserm et épouse de Christian Bréchot. Mme Paterlini-Bréchot a créé en 2000-2001 la société dont son époux a été l'un des actionnaires. Il a ensuite cédé ses parts, sa femme demeurant actionnaire.

Le test de dépistage précoce des cancers est «très intéressant en termes de santé publique» et au «potentiel très important», a confié Christian Bréchot à l'AP. «Le débat actuel porte sur le fait que l'Inserm s'est engagé à signer l'avenant à une licence sur ce test sous réserve d'une validation clinique, ce qui n'a pas été fait».

Aujourd'hui, un conflit» existe «entre l'Inserm et son directeur général d'une part, et entre un chercheur directeur d'une unité Inserm (Mme Paterlini-Bréchot) d'autre part, avec la société Métagenex», a-t-il résumé.

Il est reproché à la société de ne pas avoir procédé aux nécessaires validations de ce test avant sa commercialisation à grande échelle.

Réfutant «totalement» les accusations de conflits d'intérêt avec la société dont il est l'objet, Christian Bréchot a souligné que l'affaire touchait à une question «très générale», celle de la «médecine 'prédictive'» et «du vide réglementaire».

«Je suis convaincu qu'au-delà de ce cas particulier, les manquements graves aux bonnes pratiques et à l'éthique risquent de nuire à toutes les actions mises en oeuvre pour rapprocher les chercheurs et les partenaires industriels», a-t-il ainsi souligné dans le communiqué diffusé par l'Inserm. «Ce problème est emblématique de ceux qui se poseront dans les années à venir concernant le transfert des connaissances de la recherche à la médecine et les dangers potentiels de la médecine 'prédictive'».

La ministre de la Recherche Valérie Pécresse, qui a «accepté» sa démission, l'»a remercié de son engagement et du travail accompli», tout en prenant «acte de sa volonté de retrouver une entière liberté pour répondre au mieux au contentieux qui l'oppose à la société Metagenex».

«Cette décision permettra de préserver au mieux les intérêts de l'Inserm», a ajouté le ministère dans un communiqué, en précisant que le litige opposant la société Metagenex à l'Inserm «devra être traité dans le plein respect des règles de droit et d'éthique relatives à la santé publique». (ap)

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