Actualisé 26.02.2016 à 16:09

Lausanne/Soleure

Dénoncé par un anonyme, il se prend une prune salée

Un conducteur vaudois a été puni par la police soleuroise sur la base du seul témoignage d'un autre automobiliste. Rares, ces cas font bondir les juristes.

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Sale mésaventure pour un conducteur lausannois. Au mois de mars dernier, cet amateur de montres s'est rendu au salon de l'Horlogerie, à Bâle. Quelques mois plus tard, il a reçu un courrier de la police cantonale soleuroise, raconte cette semaine «Lausanne Cités». Il était convoqué dans leurs locaux le 26 septembre pour discuter de plusieurs infractions commises sur l'autoroute lors de ce fameux trajet, et sa présence était obligatoire.

Sûr de son fait, le Vaudois se rend donc au rendez-vous. Et là, surprise: on l'accuse d'avoir roulé à 120 km/h au lieu de 80 km/h sur une bretelle, de s'être rabattu en faisant une queue de poisson et d'avoir roulé sur une zone hachurée interdite. «Je roule plus de 30'000 kilomètres par année pour mon travail, raconte-t-il à l'hebdomadaire gratuit. Je ne me comporte jamais ainsi!»

Quelles preuves les autorités ont-elles contre lui? Aucune. Si ce n'est la dénonciation visuelle d'un autre automobiliste, qui a relevé son numéro de plaque au passage et déposé plainte. A l'issue du rendez-vous, la sanction tombe: le conducteur lausannois reçoit 720 francs d'amende et un avertissement du Service des automobiles vaudois. «Cela ouvre la porte à toutes les formes de délation», dénonce-t-il.

Un sentiment partagé par Me Guillaume Etier, membre du réseau des Avocats de la route: «Cette affaire est totalement hallucinante. La preuve judiciaire peut être le résultat de plusieurs éléments dont le témoignage. Mais il ne saurait à lui seul fonder une culpabilité. Si j'avais été le procureur, j'aurais classé l'affaire.» La police vaudoise confirme que si des appels anonymes arrivent souvent pour signaler tel ou tel comportement dangereux sur la route, ils n'aboutissent que très rarement sur une plainte.

Pourtant, de tels cas de figure se produisent, et débouchent parfois sur des condamnations. Le Touring club suisse n'approuve pas la démarche de dénonciation. «Nous considérons que la sécurité routière est l'affaire de la police et non des particuliers, indique Lionel Eicher, juriste. De plus, normalement, le doute doit profiter à l'accusé. Il peut y avoir un potentiel d'abus.»

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