Suisse romande: «Déprimés, nos résidents se laissent mourir»
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Suisse romande«Déprimés, nos résidents se laissent mourir»

Les cas de «syndrome de glissement», ou dépression des personnes âgées, se multiplient dans les EMS. Des soignants et des proches des pensionnaires âgés témoignent.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Des soignants signalent que des résidents d’EMS se laissent mourir parce qu’ils ne supportent plus d’être isolés.

Des soignants signalent que des résidents d’EMS se laissent mourir parce qu’ils ne supportent plus d’être isolés.

AP

Très proche de ses enfants qu’elle ne voit plus à cause de la pandémie, Roberta* a commencé à inquiéter le personnel de l’EMS fribourgeois où elle réside. Abattue, emmurée dans le mutisme et l’anorexie, elle a menacé de se jeter de la fenêtre de sa chambre, au 1er étage. «Les résidents sont déprimés et se laissent mourir. Au cours des deux dernières semaines, il y a eu au moins quatre décès dus à des dépressions. Je n’ai jamais vu ça», témoigne une soignante avec une vingtaine d’années d’expérience.

Dans le milieu, cette forme de dépression spécifique aux personnes âgées porte un nom: «syndrome de glissement». Il survient après un bouleversement d’ordre physique ou psychique et se manifeste par plusieurs signes: anorexie, désorientation, renoncement passif à la vie, refus des soins et de l’alimentation… En quelques jours, voire quelques semaines, c’est la mort.

«Depuis la pandémie, des résidents pleurent. D’autres ont perdu l’appétit et disent qu’ils veulent mourir. Ils en ont marre. On essaie de les stimuler, en vain. On en a même qui sont sortis indemnes du coronavirus. Mais ils n’en pouvaient plus de cet isolement. Ils sont morts», constate avec impuissance un infirmier.

«Le remède est pire que le mal»

Alain* dénonce la situation d’une amie octogénaire qui réside dans un EMS lausannois. «J’allais la voir plusieurs fois par semaine. Maintenant, il n’y a plus que le téléphone. Elle se plaint de solitude et commence à perdre la tête. Tous les résidents sont confinés. Le remède est pire que le mal. Ils n’ont pas le droit de sortir de leur chambre alors que certains n’ont pas de WC individuels. Ils sont comme des lapins en cage», s’indigne-t-il.

«Des droits fondamentaux bafoués»

«C’est épouvantable de finir sa vie dans l’enfermement, la solitude et l’isolement. Les droits fondamentaux des résidents des EMS sont bafoués. C’est inacceptable», dénonce Christiane Jaquet-Berger, présidente de l’Avivo, association suisse de défense des aînés.

*Prénoms d’emprunt.

«Chez nous, c’est la chaleur humaine»

«Ma grand-mère a 94 ans. Quand elle parle de son home, elle est euphorique. Elle n’arrête pas de dire que tout le monde est super là-bas», salue Nancy*. «Bien avant le coronavirus, nos collaborateurs portaient le masque lors de la saison de la grippe. Quand il y a eu la première vague, nous avons renforcé le personnel. Nous faisons tout pour que le lien entre les résidents et leurs proches ne soit pas rompu. Chez nous, c’est la chaleur humaine. Les animaux sont admis. Grâce à la polyvalence du personnel, nous avons augmenté nos activités récréatives. Et, je touche du bois, aucun de nos résidents n’a encore été testé positif», sourit Christiane Brouyère, directrice d’EMS à La Côte-aux-Fées (NE).


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286 commentaires
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Jean ai assé vu

24.11.2020, 18:18

ha mais a 50 ans je me laisse déjà mourir

La politique pour les nuls

24.11.2020, 13:21

Effectivement les mesures politiques prises sous prétexte de protéger les plus fragiles, s'avèrent pire que le mal... Et dans quelques années, quand on demandera des comptes aux politiciens, ils nous diront :"On ne savait pas!". Je trouve cela un peu facile pour des têtes pensantes!

RouleTaBoule

24.11.2020, 07:19

Après, faut pas se voiler la face, car en réalité, c'est l'IMMENSE majorité des personnes âgée en EMS qui sont déjà à l'abandon ! C'est vraiment une minorité qui peut compter sur les visites et contacts régulier de leur familles/amis. Et pour cette minorié, effectivement, le remède est pire ou en tout cas pas mieux que le mal.