Procès du 13-Novembre – «Depuis l’attentat, nous sommes contraints de réparer les vivants»
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Procès du 13-Novembre«Depuis l’attentat, nous sommes contraints de réparer les vivants»

Une famille, unie dans la douleur par la perte de l’un des leurs dans l’attaque du Bataclan, a témoigné jeudi devant la Cour d’assises de Paris.

Une famille recomposée a témoigné jeudi, au procès des attentats du 13 novembre 2015, de la douleur de la perte de leur fils, père et compagnon.

Une famille recomposée a témoigné jeudi, au procès des attentats du 13 novembre 2015, de la douleur de la perte de leur fils, père et compagnon.

AFP

Nicolas est mort assassiné au Bataclan. Il avait 43 ans. Jeudi, au procès des attentats du 13-Novembre, sa famille recomposée est venue témoigner, unie dans la douleur par la perte d’un fils, d’un père et d’un compagnon.

Caroline, sa dernière compagne, Delphine, la mère de deux de ses enfants, ses fils Nino et Marius, Jocelyne sa mère, Daniel, son père, et Corinne, mère de son fils cadet, ont dit comment une vie volée fracasse la vie de tant d’autres.

En quelques minutes, entre deux sanglots, la Cour d’assises spéciale a eu la sensation de retrouver «Nico», de partager sa joie de vivre, son amour pour la musique.

Mais Nicolas est mort. «Je n’ai revu Nicolas que derrière une vitre de l’Institut médico-légal» (IML), raconte Caroline qui elle-même fut blessée au bras par une balle de kalachnikov et porte comme un fardeau d’avoir «dû laisser Nicolas seul dans cette horreur».

Une vie simple et heureuse

Il y aura le retour à la maison… seule. «Le traumatisme, c’est de retrouver sur la table les restes d’une soirée passée ensemble, le 12 novembre, les verres et les assiettes que nous avions eu la flemme de ranger, dit-elle sans flancher. Comme les fossiles d’une vie simple et heureuse.»

Caroline, âgée aujourd’hui de 37 ans, a appris la mort de son compagnon alors qu’elle était conduite au bloc opératoire. C’est un coup de téléphone qui a averti Jocelyne de la mort de son fils. «J’ai appris le décès de Nicolas dans le tramway. J’avais envie de crier, de me rouler par terre, mais il y avait plein de monde», s’excuse-t-elle presque.

Jocelyne restera longtemps dans le «déni». «Il était tellement vivant que je ne voulais pas le voir mort. Je n’ai pas voulu voir le corps de mon fils, ni à l’IML, ni avant la mise en bière.» Elle s’interrompt, soutenue par ses deux petits-fils, avant de lâcher dans un sanglot: «Maintenant, il repose dans 2 mètres carrés au Père Lachaise».

Nino et Marius se souviennent du cri affreux de leur mère Delphine. «Papa est mort! Papa est mort!» Nino, qui avait 15 ans à l’époque, se souvient du dernier SMS envoyé à son père le soir du 13 novembre: «Coucou papa, tu as vu ce qu’il se passe.» Un silence et Nino d’une voix blanche précise: «Il ne m’a jamais répondu.»

La haine et la colère comme boussoles

Corinne, journaliste, a elle aussi envoyé un SMS resté sans réponse à Nicolas le soir du 13 novembre. Vu l’actualité, elle lui demandait s’il pouvait garder leur fils alors âgé de six ans.

Ensuite, et encore aujourd’hui, ce seront pour tous les interminables crises d’angoisse, les cauchemars, les hospitalisations en psychiatrie, les antidépresseurs…

Delphine, la mère de Nino et Marius, résume: «Depuis nous sommes contraints de réparer les vivants et d’apaiser les douleurs.»

Caroline raconte l’impossibilité «de sortir ou faire ses courses seule, de prendre le métro, de reprendre le travail».

«J’ai été broyée pendant plusieurs mois», dit Corinne.

«Un attentat est une onde de choc dont les vagues viennent vous heurter, longtemps après», analyse Caroline qui reconnaît que seules «la colère et la haine» lui ont permis «de tenir debout». «Elles ont été ma boussole, elles ont été des étapes nécessaires dans ma reconstruction.»

Même si elle se dit aujourd’hui «apaisée», on sent cette colère poindre quand elle décrit l’attaque au Bataclan.

«Ces témoignages me font saigner le cœur»

«Les terroristes visent, tirent. Ils visent, ils tirent méthodiquement sur les gens dans la fosse. Jamais je n’oublierai cette désinvolture, cette posture. Leur visage est calme, détendu et satisfait. C’est le visage de la banalisation du mal. Ces hommes ressemblent à des chasseurs et nous sommes le gibier», raconte-t-elle.

Quand elle évoque «les gémissements» de Nicolas, mortellement blessé, un cri résonne dans la salle d’audience. C’est le cri déchirant de Marius, 17 ans aujourd’hui, qui doit quitter la salle en larmes accompagné par une psychologue. Quand arrivera son tour de témoigner, Marius évoquera «sa solitude, sa colère et sa haine».

Un accusé, Farid Kharkhach, à qui il est reproché d’avoir fourni de faux papiers aux assaillants, demande la parole. «Ces témoignages sont bouleversants. Ils me font saigner le cœur. Voir des enfants aujourd’hui… Je veux préciser qu’on est contre cette idéologie, je ne suis pas un terroriste», dit-il. Les autres accusés se taisent.

(AFP)

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