Actualisé 26.06.2008 à 13:07

Députés d'origine turque fichés à Bâle

Face à la colère du Grand Conseil, l'exécutif cantonal a renvoyé jeudi la responsabilité de l'affaire à la Confédération. Le Conseil d'Etat n'était pas informé de ces procédés, a dit son président.

La loi n'autorise la collecte de données qu'en cas de «soupçon fondé» de terrorisme ou d'espionnage, a expliqué Guy Morin. Le Conseil d'Etat demande au Département fédéral de justice et police une «clarification complète». S'il s'avérait que ce fichage contrevient à la loi, cela serait «inacceptable», selon le président du gouvernement cantonal.

Et de démentir toute implication du Conseil d'Etat dans ces contrôles. Ficher des députés à la moralité irréprochable en fonction de leur origine contreviendrait aux efforts menés en terme d'intégration, a poursuivi M. Morin. Cela irait aussi à l'encontre d'un objectif prioritaire de la Confédération, qui est de garantir la cohésion sociale du pays.

Presse turque

L'affaire remonte aux élections cantonales de 2004 à Bâle-Ville. L'élection de six députés, d'origine turque, avait alors été abondamment commentée dans la presse de ce pays. Il semble que les services de la protection de l'Etat se soient alarmés d'un article paru dans un journal proche du PKK.

Le Service d'analyse et de prévention de la Confédération - les services de renseignements - a alors mené l'enquête, selon la commission de gestion du Grand Conseil bâlois. Ayant demandé des éclaircissements, cette dernière a obtenu confirmation que six personnes étaient fichées, mais sans plus d'information sur les renseignements collectés.

Il faut que les six députés visés fassent eux-même la demande, selon la Délégation des commissions de gestion des Chambres fédérales. Ce qu'ils ont bien l'intention de faire, ont-ils déclarés, et ce, au plus tard lundi.

Déception et frustration

Chez les élus concernés, la déception et la frustration dominent. «Je consacre du temps à ce mandat et sacrifie ma vie privée», a réagi le député Hasan Kanber. Le socialiste s'est engagé personnellement comme médiateur avant le match Suisse-Turquie et a travaillé bénévolement pendant trois semaines. «Et en guise de remerciement, il y a une fiche de la sécurité de l'Etat», s'insurge- t-il.

Lors d'un débat urgent jeudi au Grand Conseil, les députés de tout bord ont assuré leurs collègues fichés de leur sympathie. Mercredi, le président du Grand Conseil Roland Stark avait lu une lettre acérée à l'attention de la conseillère fédérale en charge du Département de justice et police Eveline Widmer-Schlumpf. (ats)

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