Dernière bouffée de cigarette dans les lieux publics
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Dernière bouffée de cigarette dans les lieux publics

Onze mois après son interdiction dans les entreprises, administrations, établissements scolaires et hôpitaux, le tabac sera définitivement banni des cafés, hôtels, restaurants, casinos, cercles de jeu et discothèques à compter du 1er janvier en France.

Le gouvernement a décidé d'appliquer l'interdiction de fumer dans les lieux public en deux temps, face au triste bilan de 66.000 décès directs dus au tabac et aux 5.000 morts par tabagisme passif, la France comptant environ 15 millions de fumeurs, selon le ministère de la Santé.

L'interdiction de fumer «dans les lieux affectés à un usage collectif» à partir du 1er janvier soulève des difficultés pratiques pour les restaurants ou les discothèques, mais surtout une colère mêlée d'inquiétude pour les débitants de tabac, en particulier les 19.000 bars-tabac de l'Hexagone.

La Confédération nationale des buralistes de France (qui revendique 27.000 adhérents sur les quelque 30.000 que compte la profession, dont 60% de bars) réclame un aménagement du décret «inapplicable», avec la possibilité de réserver une pièce aux fumeurs dans les bars-tabac plutôt qu'un fumoir.

Cette pièce serait équipée d'»un matériel d'extraction ou de purification d'air homologué», un aménagement demandé pour «les petits bars-tabac de moins de 100m2, et pour ceux situés en zones rurales (communes de moins de 1.500 habitants)», environ 3.500 en France, explique René Le Pape, président de la Confédération en assurant à l'Associated Press qu'aucun de ses adhérents n'a entrepris la démarche d'installer un fumoir parce que «personne ne peut le faire».

«On va se retrouver dans une situation inextricable puisque les buralistes qui souhaitent appliquer (le décret) ne le peuvent pas, parce qu'on ne nous présente que la possibilité d'accueillir les fumeurs dans des fumoirs», qui ne sont pas adaptables pour la plupart des établissements, a-t-il déploré, soutenu mardi dans sa démarche par quelque 160 députés UMP et Nouveau centre.

Et de rappeler la promesse de campagne de Nicolas Sarkozy qui avait trouvé «curieux qu'on ne puisse plus fumer dans l'endroit où l'on vend ce produit».

Au 1er janvier, la Confédération va mettre en place un observatoire économique et un service juridique pour donner des réponses aux buralistes.

Pour le président de l'Union des métiers et de l'industrie de l'hôtellerie (UMIH) André Daguin, «le problème est résolu» pour la majorité de ses adhérents des hôtels et restaurants (80.000 adhérents pour les 200.000 entreprises du secteur), mais «on voudrait que les petits bistrots aient des mesures d'accompagnement».

Il faudrait «une aide éventuelle» de l'Etat «dans le cadre d'une baisse de chiffres d'affaires» liée à cette interdiction, une sorte de «compensation des pertes», explique à l'AP M. Daguin, qui se dit en contact avec les ministères concernés. Le patron de l'UMIH demande également que «les gendarmes soient tolérants» face aux éventuels réticents, jugeant que «la société ne marchera pas à coups d'interdictions successives».

Autre secteur touché, celui des discothèques, qui «n'ont pas de solution» quand elles sont implantées en centre-ville, selon André Daguin. Les clients vont devoir fumer sur le trottoir au risque des nuisances sonores, a-t-il noté.

Le Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs (SNDLL) a également demandé «une circulaire à destination des forces de l'ordre pour qu'elles fassent preuve de compréhension», a précisé son président Patrick Malvaës. Concrètement, le SNDLL a invité ses adhérents à créer «soit un patio aménagé selon la norme, soit d'inviter les clients à fumer devant la porte de la discothèque» quand c'est possible, a-t-il indiqué. Mais dans les établissements ayant déjà mis en oeuvre l'interdiction, «globalement cela se passe bien».

S'il s'attend à une baisse «de 5 à 8% du chiffre d'affaires au début», Patrick Malvaës a prédit qu'»à moyen terme, le coût de l'entretien (d'une discothèque) va baisser, et il y aura un report de la consommation du tabac sur l'alcool».

Dans les entreprises commercialisant les fumoirs, les carnets de commande se remplissent mais elles concernaient principalement des discothèques ou des casinos. Le directeur d'Area Clean, Alexandre Guérin, précise ainsi que les établissements concernés «s'y prennent tard, car ils pensaient bénéficier de reports». Son entreprise a enregistré «une vingtaine de commandes la semaine dernière, tous les jours de plus en plus», essentiellement pour «des discothèques et des casinos». (ap)

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