Orbe (VD): Derrière les barreaux, le calvaire d’un chauffagiste privé de chauffage

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Orbe (VD)Derrière les barreaux, le calvaire d’un chauffagiste privé de chauffage

Une panne à la prison de la Croisée exaspère un chauffagiste incarcéré et ses codétenus. En tant que professionnel, il pourrait réparer, mais on le lui interdit.

par
Xavier Fernandez
La prison de la Croisée accueille des détenus devant purger de courtes peines.

La prison de la Croisée accueille des détenus devant purger de courtes peines.

vd.ch

Voilà trois semaines qu’une vingtaine de prisonniers grelottent. En cause, une panne de chauffage qui touche toute une unité de la prison de la Croisée, à Orbe (VD). «Nous avons entrepris des travaux, notamment des rinçages et des réglages. Nous avons alors découvert d’autres complications et avons fait appel à une entreprise extérieure. Elle va intervenir prochainement», confirmait mercredi le Service pénitentiaire vaudois (SPEN).

Si d’ordinaire la température se situe aux alentours de 21 ou 22 degrés dans les cellules, «nos relevés indiquent qu’elles sont actuellement entre 17 et 18 degrés (ndlr: 15, selon un détenu). Si l’on tient compte que les prisonniers ne peuvent presque pas bouger, par manque d’espace, ils ressentent plus rapidement le froid», commente le porte-parole, Marc Bertolazzi. Dans l’unité affectée, la tension est telle que les prisonniers ont menacé de ne pas réintégrer leurs cellules, mercredi soir, sans un engagement ferme de la direction pour une réparation rapide.

Risque d’évasion

Parmi les détenus, il y en a un qui est encore plus remonté que les autres. Chauffagiste de métier, il a cerné l’origine de la panne et pourrait facilement la réparer. Mais on le lui interdit. «Humainement, on peut comprendre sa frustration. Reste que ce genre de travaux ne peuvent pas être confiés à un détenu, car il y a toujours un risque sécuritaire, voire d’évasion», poursuit le SPEN.

La mutinerie n’a toutefois pas eu lieu, la directrice de la prison ayant confirmé quelques heures auparavant qu’une entreprise viendrait sous peu. Finalement, happy end jeudi matin. Le chauffage a été rétabli. «Nous avons gagné, mais c’est quand même triste de devoir contacter la presse et user de moyens de pression pour ce genre de choses. J’avais pourtant alerté par courrier les services concernés et expliqué ce qu’il fallait faire. Jusqu’à maintenant, personne ne m’a écouté. Au final, le gars qui est venu, qui a la même formation que moi, a fait exactement ce que je préconisais… Un simple équilibrage», déplore le chauffagiste.

«En prison, tout prend une autre proportion»

Pour le commun des mortels, ce problème de chauffage peut ressembler à un désagrément passager. Pas pour un détenu. «On dort fenêtre fermée, à deux dans une toute petite pièce. Le matin, l’humidité est telle que tout est trempé. Même notre papier à lettres, notre seul moyen de communiquer, gondole. Et dormir avec trois pulls, ce n’est pas évident», commente le chauffagiste. Et Marc Bertolazzi de confirmer: «En prison, tout prend une autre proportion. Quand on peut sortir, aller travailler ou rencontrer des amis, c’est différent. On entend parfois dire que les détenus vivent dans des conditions de luxe, mais ce n’est pas la réalité.»

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