Suisse romande: Des accidents imaginaires qui rapportaient très gros

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Suisse romandeDes accidents imaginaires qui rapportaient très gros

Trois gérants de sociétés sont accusés d’escroquerie au Tribunal d’Yverdon-les-Bains (VD). Deux d’entre eux sont poursuivis pour des déclarations abusives de sinistres dans des chantiers. Le principal accusé cumule, pour lui tout seul, 25 accidents.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Le principal accusé nie les faits. La SUVA a alerté le Ministère public vaudois en septembre 2016. 

Le principal accusé nie les faits. La SUVA a alerté le Ministère public vaudois en septembre 2016. 

Getty Images/iStockphoto

«Vous êtes vraiment malchanceux.» Le procureur a donné le ton, lundi au Tribunal d’Yverdon-les-Bains, en commentant les sinistres que Granit* est accusé d’avoir déclarés faussement au préjudice de la SUVA. Ce quadra, dont le salaire ­mensuel d’ouvrier atteignait 13’000 fr., apparaît comme le cerveau de l’affaire. Lui-même a produit pas moins de 25 déclarations d’accidents entre 2000 et 2015. Ce qui lui a valu exactement 2404 jours d’incapacité de travail, pour lesquels il a reçu 303’773 fr. d’indemnités journalières.

Cet albanophone broyard naturalisé nie toute simulation d’accident et affirme n’avoir jamais rempli lui-même les déclarations de sinistre. Il est allé jusqu’à retrousser ses manches pour montrer les cicatrices prouvant, selon lui, la réalité de ses blessures. L’accusé a même fait rire la salle en proposant d’en montrer davantage.

Selon le procureur, ces déclarations de sinistres ont été faites pour percevoir des prestations indues. La SUVA a commencé à avoir des soupçons en 2011. «Il y avait des incohérences et des absences de preuves. Les auteurs ont profité des failles du système», a souligné la représentante de l’assureur au tribunal. L’homme n’est pas seul sur le banc des accusés. À ses côtés figurent deux autres prévenus. Ils sont poursuivis notamment pour abus de confiance, escroquerie par métier. Le procès se poursuit.

* Prénom d’emprunt

Leasing, AVS, travail au noir

Les trois prévenus et gérants de sociétés sont accusés d’avoir floué des institutions bancaires par le biais de prêts qu’ils n’auraient pas eu l’intention de rembourser. Ils ont notamment pris des voitures en leasing au nom de leurs sociétés. Sans payer les mensualités et en gardant les véhicules après la faillite des entreprises. Les deux prévenus balkaniques sont aussi accusés d’avoir eu des employés au noir.

Invitation à «garder le silence»

Le procès qui s’est ouvert lundi ressemble beaucoup à un rendez-vous de taiseux à la mémoire défaillante. Deux des trois prévenus ont brillé par leur silence. Ou par des réponses très peu détaillées et imprécises. Âgé de 23 ans, le plus jeune a souvent fait usage de son droit au silence face aux questions de la présidente et du procureur. Actuellement en détention pré­ventive, cet ouvrier albanophone n’a vraisemblablement pas été ­insensible au message retrouvé dans sa cellule lui ordonnant de «garder le silence».

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